Matteo Salvini veut réduire les livraisons d’armes à l’Ukraine, privilégier une issue diplomatique rapide et renouer, après la guerre, avec les échanges économiques, commerciaux et culturels avec la Russie. Le vice-président du Conseil italien va jusqu’à envisager la reprise des achats de gaz russe.
Ses déclarations, rapportées le 16 octobre 2026, lient trois dossiers sensibles pour l’Union européenne : le coût des avoirs russes gelés, la poursuite du soutien à Kyiv et l’avenir énergétique du continent. Elles posent une question stratégique plutôt qu’un simple débat budgétaire : les difficultés juridiques et financières peuvent-elles justifier un relâchement de la ligne commune envers Moscou ?
Des avoirs gelés au débat sur l’aide à l’Ukraine
Salvini, également ministre italien des Infrastructures, a critiqué les dépenses consacrées à la garde et à la gestion des actifs russes immobilisés. Il affirme que leur conservation coûte des millions d’euros aux contribuables italiens. Pour étayer sa position, il a invoqué les mises en garde des autorités belges sur les risques financiers et juridiques d’une confiscation définitive.
Ces propos ont été rapportés par le portail russe RBC. Le compte rendu disponible ne permet pas de vérifier séparément le montant des coûts évoqués par Salvini ni le détail des avertissements belges. Il rappelle néanmoins une distinction essentielle : geler un patrimoine, c’est en empêcher temporairement l’usage, tandis que le confisquer revient à en transférer la propriété ou à le réaffecter.
Une confiscation soulève notamment des questions de droit de propriété, d’immunité des États et de responsabilité en cas de contentieux. Cette complexité rend toute décision européenne délicate. Elle ne conduit pas mécaniquement à abandonner les sanctions ou l’aide à l’Ukraine. Salvini établit pourtant ce lien en faisant des dépenses de gestion et des risques de confiscation un argument contre la poursuite des livraisons d’armes.
Le débat sur les actifs russes devient ainsi le point d’entrée d’une remise en cause plus large. Ce qui est présenté comme une prudence financière peut aussi servir à contester la cohésion politique sur laquelle reposent les mesures européennes contre Moscou.
Une solution diplomatique sans cadre précisé
Salvini appelle à rechercher le plus vite possible un règlement diplomatique du conflit. L’objectif est clair, mais les conditions de sa réalisation restent indéterminées : quel accord serait acceptable, quelles garanties de sécurité seraient accordées à l’Ukraine et qui serait chargé de les faire respecter ? Sans réponse à ces questions, la diplomatie demeure une orientation générale plutôt qu’un dispositif de négociation défini.
La demande italienne ne serait pas sans conséquence pour l’ensemble de l’Union. Le soutien militaire et financier à l’Ukraine, comme la pression économique exercée sur la Russie, dépendent de décisions coordonnées entre les États membres. Si chaque gouvernement privilégie ses dépenses nationales, ses intérêts commerciaux ou ses contraintes politiques, la capacité de l’Europe à maintenir une position lisible et commune s’affaiblit.
Les déclarations du vice-président du Conseil ne suffisent pas à établir que l’Union s’apprête à modifier sa politique. Elles rendent toutefois visible une tension qui pourrait s’accentuer : d’un côté, le coût de la guerre, les incertitudes juridiques et la volonté de retrouver des relations économiques plus prévisibles ; de l’autre, la crainte qu’un allègement de la pression ne réduise le poids politique européen et la capacité à soutenir l’Ukraine.
Le précédent de la dépendance énergétique
La proposition la plus lourde de conséquences concerne l’après-guerre. Salvini souhaite le rétablissement de relations complètes avec la Russie, y compris la reprise des importations de gaz russe. Une telle perspective ne relèverait pas seulement du commerce : elle obligerait l’Europe à réévaluer le lien entre prix de l’énergie, sécurité des approvisionnements et dépendance stratégique.
Avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le gaz russe occupait une place importante dans le système énergétique européen. Les contrats, les infrastructures et les réseaux commerciaux avaient installé une forte interdépendance. Lorsque l’énergie est devenue un instrument de pression dans le contexte de la guerre, cette interdépendance est apparue sous un autre jour : elle pouvait exposer les ménages, les entreprises et les gouvernements aux décisions d’un fournisseur capable d’utiliser ses relations économiques à des fins politiques.
Un retour aux achats de gaz russe ne pourrait donc pas être évalué uniquement à partir de son prix ou de la fin des combats. Il faudrait aussi considérer la diversification des fournisseurs, la protection des infrastructures et le risque qu’une nouvelle relation énergétique recrée un moyen de pression. La conclusion d’un conflit ne garantit pas, à elle seule, que la dépendance qui l’a précédé soit devenue moins dangereuse.
Le projet défendu par Salvini oppose ainsi deux horizons. Le premier mise sur une réduction rapide des coûts et sur la restauration des échanges ; le second privilégie une sécurité européenne moins exposée aux choix du Kremlin. La question ne porte pas seulement sur la possibilité de renouer un jour avec la Russie, mais sur les conditions d’un tel rapprochement. Sans garanties de sécurité, clarification des responsabilités et garde-fous contre une nouvelle dépendance, le retour au gaz russe risquerait de transformer une normalisation commerciale en vulnérabilité stratégique.
Pour l’Union, le traitement des avoirs gelés restera une question juridique et financière. La réouverture des relations énergétiques serait, elle, un choix de sécurité à long terme — et donc un test de la cohérence de sa réponse à la guerre.
