Dons : le gouvernement met en place un abattement fiscal de 150 000 euros

Dons : le gouvernement met en place un abattement fiscal de 150 000 euros

07.10.2026 12:46
3 min de lecture

À partir du 1er janvier 2027, les parents auront la possibilité de faire des dons allant jusqu’à 150 000 euros à leurs enfants sans être soumis à l’impôt, une première dans l’Hexagone. Cette mesure, temporaire et valable jusqu’au 30 juin 2027, a pour but de stimuler à la fois la consommation et l’investissement parmi les jeunes. Quelle est la mécanique derrière cette initiative et quelles en seraient les répercussions dans un délai de six mois ?, rapporte TopTribune.

Un choix de simplification fiscale

Malgré la nécessité d’économiser 43 milliards d’euros pour le budget 2027, le gouvernement a décidé de renoncer à certaines recettes fiscales pour faciliter les donations familiales. Cette stratégie vise à fluidifier la circulation de l’épargne vers des générations plus susceptibles de la consommer, comme le souligne l’article 4 du projet de loi de finances 2027. En transférant des sommes à des jeunes adultes, on encourage une dynamique économique plus active qu’en laissant l’argent dans des comptes épargne d’un retraité. Dans un contexte de croissance languissante, le gouvernement préfère inciter à la dépense plutôt que d’augmenter la fiscalité sur le patrimoine accumulé.

Le gouvernement s’appuie sur le constat que les Français héritent généralement vers 55 à 60 ans, souvent trop tard pour financer un premier achat immobilier ou lancer une entreprise. Selon le Conseil des notaires, 6 200 milliards d’euros pourraient être transmis d’ici 2040, mais si ces transmissions interviennent trop tard, elles n’influeront pas sur l’économie productive. C’est pourquoi cette initiative fiscale temporaire a été mise en place pour anticiper les transmissions dans le temps.

Zoom sur les chiffres : 150 000 euros, six mois, taux réduit

Ce dispositif repose sur deux éléments clés : un abattement de base de 100 000 euros pour les donations parent-enfant, et une majoration exceptionnelle de 50 000 euros accordée aux dons réalisés avant que le donateur n’atteigne 80 ans, accumulant ainsi un total de 150 000 euros exonérés d’impôts. Par conséquent, un couple pourra transmettre jusqu’à 300 000 euros à un enfant durant cette période. Si la donation est faite à un petit-enfant, ce montant tombe à 81 865 euros.

Un taux uniformisé de 6 % s’applique sur les droits de donation, en contraste avec des taux variant de 5 à 45 %, limité à 100 000 euros par donataire. Cela pourrait permettre aux donateurs d’économiser jusqu’à 4 450 euros d’impôts. Cette mesure est destinée aux personnes de moins de 50 ans et permet de réaliser une nouvelle donation, même si l’abattement a déjà été utilisé, contournant ainsi la règle habituelle de 15 ans.

Quels secteurs économiques bénéficieront des fonds ?

Le secteur immobilier est attendu comme le principal bénéficiaire. Avec 150 000 euros, un jeune adulte peut se permettre un apport de 20 % pour un bien d’une valeur de 750 000 euros dans la région parisienne ou effectuer un achat immobilier en province. Un pic dans les transactions est prévu pour le premier semestre 2027 grâce à ces apports familiaux.

De même, l’entrepreneuriat est un domaine ciblé par cette mesure. Un capital de 50 000 à 150 000 euros pourrait suffire à démarrer une start-up ou à acquérir un fonds de commerce. Les chambres de commerce signalent déjà une hausse des demandes d’informations depuis l’annonce du projet de loi. Néanmoins, la réforme envisagée sur le régime de report d’imposition pourrait compliquer certaines stratégies de gestion patrimoniale.

Une fraction significative des fonds pourrait également être destinée à des dépenses courantes. Les économistes estiment qu’entre 20 et 30 % des dons seraient utilisés immédiatement, ce qui pourrait stimuler la croissance au cours des six premiers mois de 2027.

Six mois pour agir : urgence ou stratégie ?

Le délai de six mois accordé pour optimiser les donations est jugé trop court par plusieurs experts fiscaux, qui évoquent une « prime à la précipitation ». Les familles devront s’organiser rapidement, ce qui pourrait entraîner un engorgement administratif au début de l’année 2027. Cette brièveté vise à créer une pression temporelle pour maximiser les transferts sur une période restreinte.

Le gouvernement anticipe une demande accrue au premier trimestre 2027, avec des donations additionnelles évaluées entre 5 et 10 milliards d’euros. Si 30 % de cette somme se traduit par des investissements ou des dépenses immédiates, cela équivaudra à une injection comprise entre 1,5 et 3 milliards d’euros dans l’économie.

Les limites de cette initiative : enjeux à moyen terme

Le manque à gagner pour l’État est projeté entre 500 millions et 1 milliard d’euros. Bien que les effets économiques pourraient atténuer partiellement cette perte grâce à des recettes de TVA, des droits d’enregistrement et des contributions sociales, les transmissions pourraient chuter de manière significative après le 30 juin 2027 si la mesure n’est pas prolongée. Un prolongement pourrait toutefois rendre cette politique budgétalement insoutenable.

Cet avantage fiscal semble surtout bénéficier aux familles aisées, laissant sur le côté celles qui n’ont pas d’épargne à transmettre. Le projet de loi de finances 2027, soumis le 1er octobre à l’Assemblée nationale, doit encore être approuvé. Si l’article 4 trouve grâce aux yeux des législateurs, les notaires et les conseillers patrimoniaux prévoient un début d’année 2027 des plus chargés. Pour les jeunes, c’est une occasion sans précédent, mais pour l’économie nationale, cela pourrait représenter un enjeu risqué.

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