Die Linke remporte les élections à Berlin, provoquant un débat sur les accusations d'antisémitisme

Die Linke remporte les élections à Berlin, provoquant un débat sur les accusations d’antisémitisme

22.09.2026 19:46
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Ce dimanche, le parti Die Linke a remporté les élections municipales et régionales à Berlin et pourrait voir sa tête de liste, Elif Eralp, devenir la nouvelle maire de la capitale. Une information qui divise outre-Rhin autant qu’en France, où beaucoup de politiques et d’internautes se sont émus de cette victoire. Que ce soit pour s’en réjouir ou pour la déplorer, un point commun à la plupart de ces réactions : Die Linke est comparé à La France insoumise et ses détracteurs sont, peu ou prou, les mêmes que ceux du parti de Jean-Luc Mélenchon, rapporte TopTribune.

Ce rapprochement est naturel puisque les deux partis appartiennent au même groupe au Parlement européen : The Left. Toutefois, il semble aller plus loin aujourd’hui, tant par les lignes politiques, les engagements que par les accusations proférées à leur encontre.

Des origines différentes, un rapprochement récent

Ce rapprochement a d’abord été évoqué en 2018 par Sahra Wagenknecht, alors figure de proue de Die Linke. Alors que La France insoumise n’a que deux ans, elle reconnaissait dans une interview donnée à Mediapart : « La France insoumise est un peu notre modèle. Ce que Jean-Luc Mélenchon et ses amis ont atteint est tout à fait impressionnant. » Si la « Mélenchon allemande », comme elle était surnommée, a depuis quitté le navire, le rapprochement lui est resté et s’est même amplifié.

Leur histoire diffère pourtant. Issu du Parti socialiste qu’il a quitté pour créer le Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon fonde, en 2016, La France insoumise, regroupant différentes sensibilités de gauche. « Die Linke est le parti qui a succédé au Parti socialiste démocratique (PDS), lui-même successeur du SED, l’ancien parti de la dictature communiste en Allemagne de l’Est », nous explique Thorsten Holzhauser, historien et chercheur en science politique à la fondation Bundespräsident-Theodor-Heuss-Haus de Stuttgart.

Fondé sur les bases d’un électorat principalement situé à l’Est du pays et constitué majoritairement de déçus de la réunification allemande et du système capitaliste, Die Linke a connu une nouvelle naissance ces dernières années avec une scission orchestrée par Sahra Wagenknecht qui a fondé son propre parti (BSW). « Cette scission a permis au parti restant de se recentrer sur les thèmes fondamentaux de la gauche, en mettant davantage l’accent sur les questions économiques et sociales, explique Thorsten Holzhauser. Le parti se concentre notamment sur le coût de la vie, les salaires, le marché du logement et l’antifascisme. »

Des lignes politiques et des programmes très proches

Les thèmes classiques de la gauche et une stratégie efficace pour recruter de nouveaux membres, parmi lesquels beaucoup de jeunes nés dans les années 1980, ont conduit à un renouvellement de génération, loin du communisme et de la nostalgie de la RDA. Ce qui a, de fait, réduit les accusations d’héritier de la dictature et du communisme qui persistent chez certains opposants. « Le parti se décrit lui-même comme un parti socialiste démocratique, ou un parti de gauche. Il ne se définit pas comme communiste », ajoute l’historien. Pourtant, comme La France insoumise, Die Linke est considéré comme un parti d’extrême gauche par ses opposants.

Au niveau des programmes, les deux partis sont assez proches, comme le souligne Mathieu Dubois, professeur d’histoire contemporaine à l’institut d’études européennes de l’Université Sorbonne Nouvelle. « Ce sont clairement des partis anticapitalistes qui critiquent la dimension néolibérale actuelle de l’Europe et proposent davantage de justice sociale ainsi qu’une dimension de planification écologique. En politique étrangère également, on retrouve des thématiques communes comme le pacifisme, une certaine méfiance envers les États-Unis et une critique forte de la politique de l’État d’Israël. »

Soutien à la Palestine et accusations d’antisémitisme

C’est ce dernier point qui a suscité beaucoup de remous à l’annonce des résultats de dimanche. Die Linke a pris une position ouvertement propalestinienne, condamne le génocide à Gaza et plaide pour une solution à deux États. Dans le même temps, des voix s’élèvent en Allemagne, notamment au sein de la Communauté juive centrale d’Allemagne, pour accuser le parti d’antisémitisme… comme cela a été le cas avec le Crif à l’encontre de La France insoumise. Pourtant, Die Linke compte en son sein des personnalités juives antisionistes, dont une élue, Emmi Stiegler, qui devrait faire son entrée au Parlement régional de Berlin. Elle souligne la volonté des accusateurs d’instrumentaliser l’antisémitisme pour « faire taire les oppositions politiques » en élaborant une « fausse équivalence entre la critique d’Israël et l’antisémitisme ».

« Certains membres du parti sont ouvertement sympathisants de groupes antisionistes radicaux, et certains soutiennent même des groupes terroristes palestiniens », explique Thorsten Holzhauser, signalant que la position propalestinienne a été un « facteur important de mobilisation, notamment chez les jeunes » et un sujet de critiques des opposants, ainsi que des partenaires de gauche, comme c’est le cas en France pour La France insoumise.

Cependant, chez Die Linke, si certaines voix pro-israéliennes ont quitté le parti, d’autres demeurent pour tenter de s’opposer à cette tendance, demandant des clarifications aux instances dirigeantes sur le sujet de l’antisémitisme. Ce que la direction a fait à plusieurs reprises, condamnant l’antisémitisme tout en continuant à dénoncer le génocide à Gaza et les attaques en Cisjordanie pour ne pas aliéner les militants pro-Palestine.

Une « diabolisation » qui complique les alliances

Dans ce contexte, et alors que l’extrême droite progresse dans le pays, Die Linke fait face à une « diabolisation » croissante de la part des autres partis. « Cela est traditionnellement naturel en Allemagne. Die Linke est l’émanation d’un ancien parti communiste et dictatorial qui a fait amende honorable. Il existe une tradition de critique du communisme très forte de la part des autres partis. Nous nous rapprochons aujourd’hui de ce qui se faisait il y a 40 ou 50 ans en termes de diabolisation. Il y en avait moins dans les années 2000 ou 2010. Mais on ne diabolise pas un parti qui obtient 3-4 %. C’est différent quand ce parti atteint désormais 25 %… », explique Mathieu Dubois.

Un problème que Die Linke devra impérativement résoudre pour espérer accéder au pouvoir. Contrairement à Jean-Luc Mélenchon et à La France insoumise qui tentent un chemin en solo, Die Linke prévoit de créer une coalition avec Die Grünen (les Verts) et le SPD (les sociaux-démocrates).

« La culture politique allemande est faite de coalitions, souligne l’enseignant à Sorbonne-Nouvelle : Die Linke s’inscrit dans cette tradition depuis une dizaine d’années de participation gouvernementale. Ils ont été au pouvoir dans plusieurs Länder. Pour l’instant, les autres partis de gauche exigent qu’une ligne rouge soit tracée et que les positions soient clairement exprimées par rapport à l’antisionisme en vue d’une coalition », précise Mathieu Dubois.

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