Sébastien Lecornu a exprimé son intention d’établir une règle d’or concernant le remboursement des médicaments dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Au cours d’un entretien accordé au Parisien dimanche, publié le 29 août 2026, il a fait cette annonce.
L’objectif du gouvernement est de remettre la science au cœur des décisions et de lier plus étroitement le Service Médical Rendu (SMR) d’un médicament à son taux de remboursement par l’Assurance maladie. Lecornu a précisé qu’il ne souhaite plus que des médicaments considérés scientifiquement comme moins efficaces continuent d’être remboursés, compromettant ainsi le remboursement de nouvelles molécules sur le marché, rapporte TopTribune.
Débutant le 1er janvier 2027, quatre décrets publiés le 22 août 2026 apporteront une première concrétisation de cette philosophie. Le taux de remboursement des médicaments affichant un SMR faible passera de 15 % à 5 %, tandis que ceux à SMR modéré iront de 30 % à 15 %. Ces mesures devraient permettre de réaliser des économies de l’ordre de 300 millions d’euros.
Réactions des pharmaciens
Bien que les pharmaciens ne remettent pas en cause le principe de la règle d’or, ils s’interrogent sur sa portée. Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), souligne que le véritable enjeu réside ailleurs. Selon lui, la question ne se limite pas au taux de remboursement, mais concerne aussi le prix des médicaments. « Un produit apportant peu ou pas de progrès thérapeutique ne devrait pas être vendu à un prix élevé », affirme-t-il.
Il critique également les stratégies de certains laboratoires qui présentent comme une innovation une simple combinaison de molécules déjà existantes.
Julien Chauvin, président de la commission Études et stratégie économiques de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, juge que les déclarations de Sébastien Lecornu sont trop vagues. Il remet en question le principe selon lequel il faudrait dérembourser des médicaments matures pour financer l’innovation, qualifiant cette approche de « dépassée et improductive ». Selon lui, dérembourser environ 2 500 médicaments serait nécessaire pour financer un seul médicament innovant.
Évaluation des prescriptions et pertinence des traitements
Guillaume Racle, titulaire d’officine à Epernay et membre du bureau national de l’USPO, estime que la question dépasse simplement le prix ou le taux de remboursement. Pour lui, remettre la science au centre de l’évaluation signifie abandonner une réflexion basée uniquement sur le prix et le volume, au profit de critères de pertinence. Il propose l’instauration d’une prescription renforcée pour les médicaments coûteux, au-delà de 300 euros, requérant un formulaire à remplir par le médecin pour garantir les critères de remboursement.
Variot ajoute que cette exigence de pertinence doit également se porter sur le rapport entre prix et avancées médicales : financer l’innovation est essentiel, mais pas à n’importe quel prix sans réelle avancée thérapeutique.
Racle évoque, par ailleurs, l’importance de l’évaluation des données en vie réelle, qui se basent sur l’utilisation effective des médicaments et leurs résultats. « Nous continuons à rembourser des médicaments sans vérifier leur utilisation réelle et leurs résultats par rapport aux études », pointe-t-il.
Il insiste également sur les reports de prescription qui pourraient convertir une économie apparente en coûts supplémentaires, plaidant pour un renforcement du rôle et de l’indépendance de la Haute Autorité de santé. À terme, cette approche pourrait conditionner le paiement des laboratoires à la pertinence et à la performance des traitements.
Un autre changement a été mis en place le 1er septembre 2026. Les patients qui refusent certains médicaments offerts en remplacement de leur traitement doivent avancer les frais, une règle déjà en vigueur pour les génériques. Ainsi, un patient qui refuse une substitution par un médicament hybride ou biosimilaire ne pourra plus bénéficier du tiers payant et devra payer la totalité du montant au pharmacien, puis obtenir le remboursement de l’Assurance maladie.
Cette règle ne concerne que les bénéficiaires du tiers payant, incluant plusieurs millions de Français tels que ceux en affection de longue durée, victimes de maladies professionnelles ou d’accidents de travail, femmes enceintes, bénéficiaires d’aide médicale de l’État ou de la complémentaire santé solidaire, ainsi que ceux participant à des dépistages organisés.
En outre, le remboursement pourra être calculé sur la base du médicament hybride ou biosimilaire le plus cher de son groupe, et non sur le montant acquis par le patient. Par exemple, si le médicament de référence coûte 20 euros et que son équivalent hybride est à 18 euros, un patient refusant la substitution devra payer 20 euros à la pharmacie, mais sera remboursé seulement à hauteur de 18 euros.
Cependant, le médecin garde la possibilité de refuser toute substitution pour des raisons médicales, à condition de le préciser sur l’ordonnance.