La Chine augmente l’exploitation de la route maritime du Nord, longeant la Russie jusqu’en Europe, en réaction au recul de la banquise. Cette voie arctique offre des gains de temps, mais elle est confrontée à des défis techniques, à de vives critiques écologiques et à des capacités de fret réduites, rapporte TopTribune.
Avec le dérèglement climatique remodelant les cartes du commerce mondial, la Chine intensifie l’exploitation d’une nouvelle voie maritime, en contournant les côtes russes.
La compagnie maritime chinoise Sea Legend, basée à Singapour, a inauguré cet été un service régulier de porte-conteneurs entre l’Asie et l’Europe du Nord. L’entreprise annonce une durée de transit de 18 jours, contre 30 à 50 jours en empruntant la route traditionnelle par le cap de Bonne-Espérance, en raison des risques de piraterie en mer Rouge et de l’instabilité aux côtes du Yémen.
Sea Legend décrit cette alternative comme « à l’abri des incertitudes politiques, garantissant une livraison sûre et fluide ». En raison de températures records dans le cercle polaire en 2025, cette nouvelle fenêtre de navigation est appelée à s’allonger.
Un chemin au milieu de la glace
La traversée demeure complexe. Le principal navire de la compagnie, nommé « Dubai Tower », est un porte-conteneurs de 175 mètres, qui doit naviguer entre les plaques de glace sous des vents violents, le brouillard et le blizzard. Dans ces eaux isolées, un simple problème technique peut devenir crucial. Les navires doivent donc être équipés de coques renforcées.
Actuellement, le navire effectue des voyages hebdomadaires entre mi-août et octobre. Au-delà de cette période, il doit être escorté par un brise-glace, ce qui complique la logistique et alourdit les coûts. Toutefois, durant la période propice, les économies de carburant sont significatives. « Si la route de l’Arctique est viable, elle offrira non seulement une voie maritime alternative, mais contribuera également à l’émergence d’une nouvelle zone économique », a confié Kim Hyun-gyeom, PDG du groupe Panstar, qui possède le Dubai Tower.
« Rejets d’eau polluée »
Du côté européen, des armateurs tels que le français CMA CGM ou l’allemand Hapag-Lloyd ont signé une charte de boycott des routes arctiques. Selon l’ONG Ocean Conservancy, l’utilisation de ces routes constituerait un désastre écologique. Dans un rapport publié en août 2025, relayé par Le Parisien, l’organisation souligne que l’augmentation du trafic maritime sur ces itinéraires représente un risque important avec des conséquences environnementales catastrophiques, mentionnant la « pollution sonore sous-marine », les « risques d’accidents », ainsi que « la contamination radioactive » et « la propagation d’espèces invasives ».
Tensions avec la Russie
Ce corridor arctique est également un foyer de tensions géopolitiques. Moscou cherche à contrôler cette route, en particulier le long de son littoral nord. En août dernier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a affirmé que « notre pays reste attaché à une coopération ouverte et pragmatique dans l’Arctique avec tous ceux qui sont disposés à engager un dialogue respectueux, tout en tenant compte des droits souverains de la Russie dans la région ».
Un impact encore marginal
Bien que la route polaire montre des signes de développement, son impact sur le fret international reste limité. En raison des conditions de navigation, les navires en provenance de Chine transportent environ 2 000 conteneurs, comparé aux près de 24 000 conteneurs transportés par les plus grands porte-conteneurs. À l’échelle mondiale, ce transport ne représente qu’environ 0,1 % du fret international. Il faudra du temps avant que cette voie n’ait un véritable poids économique.