Des documents attribués à Sberbank et diffusés par le groupe de hackers Black Mirror évalueraient huit scénarios possibles pour la guerre en Ukraine. La première banque russe accorde seulement 7 % de chances à une victoire militaire décisive de Moscou, contre 32 % pour un gel du conflit négocié sous l’égide de Donald Trump, rapporte TopTribune.
Les difficultés économiques de la Russie, exacerbées par les sanctions internationales, ainsi que les récentes attaques de drones ukrainiens contre des entrepôts de grandes entreprises, soulèvent des doutes parmi les décideurs russes. Le piratage de Sberbank, la plus grande banque commerciale de Russie, laisse entendre que celle-ci évalue la probabilité d’une victoire décisive de la Russie à… 7 %.
Toutefois, ces documents, publiés le 25 août par Black Mirror, doivent être pris avec précaution. Ils seraient basés sur une analyse interne transmise par le PDG de Sberbank, German Gref, à des personnalités influentes en avril, mais leur authenticité n’a pas été confirmée par la banque ou les autorités russes. Des experts du secteur financier évoquent même la possibilité que ce texte soit largement généré par intelligence artificielle.
Huit scénarios d’évolution de la guerre
Globalement, et sous réserve de leur véracité, le contenu de ces documents est révélateur. L’analyse envisagée par Sberbank estime huit scénarios potentiels, les évaluant en tenant compte de la situation économique, des rapports de forces militaires, des innovations technologiques, du soutien occidental et des opinions publiques. Des notions comme l’équilibre de Nash et la théorie des perspectives de Kahneman sont également citées pour ajuster les sondages jugés trop favorables à la guerre.
La victoire recherchée par Vladimir Poutine depuis 2022 n’est estimée qu’à 7 % de probabilité. Cette option impliquerait que Moscou impose sa supériorité industrielle et démographique tout en s’emparant du Donbass et des régions de Zaporijia, Kherson et Kharkiv. Cependant, l’analyse souligne deux obstacles majeurs : les effectifs militaires et la défense de l’arrière. Une offensive d’ampleur nécessiterait une mobilisation supplémentaire de 300 000 à 500 000 hommes, ce qui comporte des risques politiques importants.
Par ailleurs, une victoire russe par « épuisement de l’Occident » ne serait créditée que de 12 %. Cela supposerait une réduction du soutien américain à l’Ukraine à moins de 30 %, une crise énergétique en Europe durant l’hiver 2026-2027, ainsi qu’une crise politique en Ukraine.
Un « deal de Trump », un gel « à la coréenne » ?
Le scénario le plus favorable pour Sberbank est un « deal de Trump », représenté à 32 %. Cela inclurait un gel du front sur les positions actuelles, une levée partielle des sanctions et le renoncement de l’Ukraine à l’adhésion à l’OTAN avant les élections américaines de mi-mandat de novembre. L’analyse suppose que les intérêts de Washington, Moscou et des Européens pourraient converger, bien que ceci repose sur la capacité des États-Unis à influencer Kiev par leur aide militaire, une aide ayant pris fin en 2025.
À 22 %, on évoque un gel « à la coréenne », c’est-à-dire une réduction de l’intensité des combats sans traité de paix ni véritable armistice, laissant la Russie et l’Ukraine dans un statu quo d’équilibre.
La poursuite de la guerre serait très coûteuse pour la Russie
Une prolongation du conflit sur les deux ou trois années à venir est estimée à 15 %, bien que cela représenterait un fardeau financier immense pour Moscou. Le déficit budgétaire russe s’élevait déjà à 4 580 milliards de roubles au début de l’année, menaçant l’épuisement de la partie liquide du Fonds souverain.
Enfin, les options les moins probables incluent une paix de compromis à 5 %, une paix sur des conditions ukrainiennes et européennes à 2 %, ainsi que 5 % pour des évènements inattendus, tels que des confrontations directes avec l’OTAN ou des escalades nucléaires. Dans l’éventualité où ces documents s’avéreraient authentiques, il semblerait qu’une institution centrale au sein du système russe envisage plus sérieusement un gel de la guerre plutôt qu’une victoire décisive souhaitée par le Kremlin.