La Slovaquie relance sa commission intergouvernementale avec la Russie malgré la guerre en Ukraine
La Slovaquie relance sa commission intergouvernementale avec la Russie malgré la guerre en Ukraine

La Slovaquie relance sa commission intergouvernementale avec la Russie malgré la guerre en Ukraine

22.08.2026 15:30
5 min de lecture

La Slovaquie et la Russie préparent la reprise, à l’automne 2026, des travaux de leur commission intergouvernementale consacrée à la coopération économique et scientifique, après cinq années d’interruption. Le ministre slovaque des Affaires étrangères, Juraj Blanár, a tenu le 20 août une réunion en ligne avec son homologue russe chargé de la Science et de l’Enseignement supérieur, Valérii Falkov, pour en régler les modalités, rapporte TopTribune

Cette commission s’était réunie pour la dernière fois à Bratislava en 2021. Elle a cessé de fonctionner après le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022. Sa réactivation doit rétablir un cadre officiel de dialogue entre les deux pays dans des domaines présentés par le gouvernement de Robert Fico comme économiques, scientifiques et techniques.

Juraj Blanár a défendu cette décision au nom d’une politique étrangère slovaque ouverte à l’ensemble des partenaires internationaux. « Nous soutenons le dialogue avec tous les pays qui ont un intérêt pour une coopération pragmatique avec nous, dans l’intérêt des intérêts nationaux et étatiques de la République slovaque, de l’économie slovaque et des citoyens de la République slovaque », a déclaré le ministre, selon les éléments communiqués par Bratislava.

Un accord préparé depuis 2025

Le ministère slovaque des Affaires étrangères indique que le Premier ministre Robert Fico et le président russe Vladimir Poutine se sont entendus sur la reprise des activités de la commission lors de discussions organisées en 2025. En décembre de la même année, Moscou avait publiquement fait part de son intérêt pour le rétablissement de ce format.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, avait alors déclaré que la Russie attendait la désignation d’un coprésident slovaque. Le gouvernement de Robert Fico a nommé Juraj Blanár à cette fonction en mai 2026. La réunion en ligne du 20 août devait permettre aux deux parties de préparer l’organisation de la prochaine session.

La reprise de la commission slovaquo-russe intervient alors que la Russie poursuit sa guerre contre l’Ukraine et que les contacts institutionnels entre Moscou et les États européens ont été fortement réduits depuis 2022. Le gouvernement slovaque présente néanmoins le dialogue économique et scientifique comme un instrument distinct de ses positions sur les autres dossiers internationaux.

L’opposition dénonce un retour au dialogue avec Moscou

Les partis d’opposition slovaques ont rapidement contesté l’initiative. Le Parti progressiste, le PS, juge la relance de la commission inacceptable. Ses représentants estiment que le gouvernement ne tient pas suffisamment compte de la situation créée par l’agression russe contre l’Ukraine et mettent en garde contre les effets possibles d’une telle coopération dans les secteurs de l’éducation et de la recherche.

Le Mouvement chrétien-démocrate, le KDH, demande pour sa part l’arrêt des préparatifs de la réunion. Le parti invoque les activités cybernétiques et de renseignement attribuées à la Russie contre la Slovaquie. Dans cette lecture, les échanges officiels ne peuvent pas être dissociés des risques de sécurité associés aux activités russes dans les États européens.

La controverse porte donc sur la portée politique de la décision autant que sur le contenu formel de la commission. Le gouvernement parle de coopération pragmatique et d’intérêts nationaux. L’opposition y voit un rétablissement de contacts institutionnels avec Moscou alors que la Russie mène toujours des opérations militaires en Ukraine.

La question des sanctions européennes

La réactivation de la commission ne constitue pas, en elle-même, une violation automatique des sanctions de l’Union européenne contre la Russie. La Slovaquie reste tenue d’appliquer le droit européen en vigueur, y compris les restrictions visant certains secteurs, entités et personnes. La tenue d’un dialogue intergouvernemental ne suffit donc pas à établir l’existence d’une infraction aux mesures européennes.

Le rétablissement d’un canal officiel peut toutefois permettre d’identifier des domaines de coopération autorisés par les sanctions. Les échanges économiques, scientifiques et techniques devront être examinés au regard des règles européennes applicables, notamment lorsque des entreprises, des établissements de recherche ou des secteurs considérés comme sensibles sont concernés.

Les autorités slovaques n’ont pas annoncé, dans les éléments disponibles, la conclusion d’un nouvel accord commercial ou technologique avec la Russie. À ce stade, la décision concerne la reprise des travaux de la commission et la préparation d’une réunion à l’automne 2026. Les modalités concrètes de cette session restent à préciser.

Des risques évoqués pour la sécurité

Le débat slovaque se déroule également autour des risques de l’influence russe dans les domaines économique, scientifique et éducatif. Les critiques de la relance estiment que ces secteurs peuvent offrir des points d’accès à des informations institutionnelles ou industrielles, ainsi que des occasions de nouer des relations avec des acteurs de secteurs stratégiques.

Les éléments transmis dans le dossier font état d’activités de renseignement russes déjà signalées par les services slovaques. Elles concerneraient la collecte d’informations politiques, militaires et économiques. Des cyberattaques menées par des groupes prorusses auraient également visé des institutions publiques et des infrastructures critiques en Slovaquie.

Ces éléments sont utilisés par le KDH pour demander l’arrêt des préparatifs. Ils nourrissent aussi les inquiétudes concernant l’accès éventuel de représentants russes à des établissements scientifiques, à des entreprises technologiques ou à des structures économiques. Le gouvernement n’a pas présenté publiquement, dans les informations disponibles, de dispositif spécifique destiné à encadrer ces risques dans le cadre de la commission.

La dimension scientifique et éducative occupe une place particulière dans les critiques du Parti progressiste. Celui-ci redoute que le retour à des échanges institutionnels avec la Russie ne facilite la diffusion de récits favorables à Moscou ou ne fragilise les coopérations existantes avec les partenaires européens. Le parti n’a toutefois pas détaillé les mesures précises qu’il demande pour ces secteurs.

Une initiative suivie à Bruxelles

La Slovaquie est membre de l’Union européenne et de l’OTAN. La reprise de la commission crée un canal officiel de coopération avec Moscou au sein d’un État membre, alors que les politiques européennes cherchent à limiter les dépendances à l’égard de la Russie et à maintenir la pression économique sur le Kremlin.

La décision ne modifie pas à elle seule les sanctions européennes ni les engagements collectifs de la Slovaquie. Elle est néanmoins appelée à être observée dans les capitales européennes en raison de la nature des secteurs concernés et de la position adoptée par le gouvernement de Robert Fico depuis son retour au pouvoir. Les autorités slovaques devront veiller à ce que les échanges de la commission restent conformes aux obligations européennes et aux règles de sécurité nationales.

Pour Moscou, le rétablissement de ce format offre la possibilité de montrer qu’un dialogue officiel peut reprendre avec certains pays de l’Union européenne malgré la poursuite de la guerre en Ukraine. Pour Bratislava, il s’agit de restaurer des contacts qu’elle présente comme utiles à ses intérêts économiques et scientifiques. La prochaine réunion, attendue à l’automne 2026, permettra de mesurer l’étendue concrète de cette reprise.

Les discussions porteront alors sur les domaines de coopération retenus, les participants et les conditions d’application des règles européennes, tandis que l’opposition slovaque poursuit sa contestation de l’initiative.

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