Le groupe de hackers russophone NoName057(16) a publié un document contenant les données personnelles de près d’un millier de policiers, de membres de la Guardia Civil et de militaires espagnols. Les informations auraient été obtenues lors de cyberattaques menées contre l’Espagne depuis que le gouvernement de Pedro Sánchez a affiché son soutien à l’Ukraine dans la guerre menée par la Russie, selon l’enquête publiée par El País, rapporte TopTribune.
Des données personnelles exposées
Le document attribué à NoName057(16) comprend les noms d’agents, leurs photographies, leurs numéros de téléphone et leurs adresses électroniques. Il contient également des adresses personnelles ainsi que des coordonnées figurant dans les carnets d’adresses des personnes concernées. La publication porte donc sur des informations relevant à la fois de l’identité professionnelle et de la vie privée des membres des forces de sécurité espagnoles.
Le nombre exact de personnes touchées fait encore l’objet de vérifications. Les éléments rendus publics font état de données concernant près de mille policiers, gardes civils et militaires. Le récit initial de l’affaire évoque également un accès à des informations sensibles appartenant à plusieurs centaines de policiers et de militaires. Les autorités espagnoles doivent désormais établir l’étendue précise de la compromission, les systèmes concernés et la manière dont les données ont été obtenues.
L’enquête est conduite par la cellule chargée des menaces informatiques du Commissariat général à l’information, le CGI. Les investigations doivent notamment déterminer si les informations publiées correspondent à une extraction récente, à des bases de données plus anciennes ou à plusieurs opérations distinctes attribuées au même réseau.
Une campagne visant les pays qui soutiennent l’Ukraine
NoName057(16) est apparu en mars 2022, peu après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Le groupe mène des attaques DDoS contre les institutions européennes, revendique des opérations de vol de données et participe à des campagnes de désinformation. Ses cibles comprennent principalement des administrations publiques et des infrastructures critiques de pays membres de l’Union européenne et de l’Otan qui apportent leur soutien à Kyiv.
Les attaques DDoS consistent à saturer un service informatique avec un grand nombre de requêtes afin de le rendre temporairement inaccessible. Le vol de données ajoute une autre dimension aux opérations attribuées au groupe. Une fois publiées sur des plateformes militantes, des médias ou des canaux d’information favorables à Moscou, ces informations peuvent être réutilisées dans des opérations de communication et de pression.
Dans le cas espagnol, la diffusion de coordonnées privées d’agents et de militaires expose des personnes qui exercent des fonctions sensibles. Les numéros de téléphone, les adresses électroniques et les adresses personnelles peuvent être exploités pour adresser des menaces, mener des campagnes de harcèlement ou exercer des pressions sur les intéressés et leurs proches. Le document publié ne permet toutefois pas, à lui seul, de déterminer si ces usages ont déjà eu lieu.
Les données compromises peuvent aussi servir à préparer des tentatives d’hameçonnage ou de manipulation ciblée. Des informations précises sur la fonction, l’entourage et les habitudes d’une personne facilitent les opérations de vol de données personnelles de policiers espagnols, de même que les démarches d’ingénierie sociale. Les autorités espagnoles examinent donc non seulement la fuite elle-même, mais aussi les risques liés à une éventuelle réutilisation des informations.
L’opération Eastwood avait frappé le réseau en 2025
NoName057(16) avait déjà fait l’objet d’une opération judiciaire internationale. Le 15 juillet 2025, l’opération Eastwood a mobilisé les services répressifs de douze pays européens. Des perquisitions ont été menées le même jour dans sept pays, tandis que des suspects ont été arrêtés en France, en Espagne et en Pologne.
Les enquêteurs avaient également émis des mandats d’arrêt visant sept personnes. Plus de cent serveurs utilisés pour héberger l’infrastructure du groupe avaient été déconnectés. L’intervention avait temporairement neutralisé le botnet utilisé pour conduire des attaques dans plusieurs régions du monde.
Cette opération n’a pas empêché la réapparition d’activités attribuées à NoName057(16). Le groupe est de nouveau associé à des campagnes contre des institutions espagnoles et à la publication d’informations concernant des membres des forces de sécurité. La question de la résilience de son infrastructure reste au centre des investigations conduites par les autorités.
Le cas d’un informaticien espagnol
Parmi les personnes soupçonnées d’entretenir des liens avec le réseau figure Enrique Arias Gil, un informaticien espagnol connu sous le pseudonyme El Desinformador ruso. Il est accusé d’espionnage au profit de la Russie et a obtenu l’asile politique en Russie. Ces éléments sont mentionnés dans le dossier consacré aux activités du groupe, sans qu’ils permettent à eux seuls d’établir son rôle dans la publication récente des données.
Les autorités espagnoles doivent encore préciser l’origine de la base diffusée, le nombre de comptes ou de services concernés et la période pendant laquelle l’accès a été possible. Les informations disponibles portent pour l’instant sur le document publié et sur l’enquête ouverte par le CGI, tandis que les investigations se poursuivent.