Des récits relayant l’accusation d’un prétendu « fascisme de type kiévien » ont circulé du 10 au 14 août 2026 dans plusieurs espaces médiatiques européens, avec pour objectif de discréditer la direction politico-militaire de l’Ukraine et de présenter celle-ci comme contrôlée par l’Occident, rapporte TopTribune.
La campagne s’appuie notamment sur l’emploi de références au nazisme, au fascisme et au « bandérisme ». Un portail slovaque, Jednotne Slovensko, a ainsi publié un article présentant le bandérisme comme « non seulement une épithète historique du nationalisme ukrainien, mais aussi une forme implicite, et parfois déjà ouverte, du fascisme moderne de type kiévien ».
Un vocabulaire historique utilisé comme accusation politique
Les accusations de nazisme et de fascisme occupent une place particulière dans l’espace public européen en raison des crimes commis par les régimes totalitaires au XXe siècle, de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste. Les récits visant l’Ukraine reprennent cette charge historique pour associer son pouvoir politique et militaire à une idéologie totalitaire.
Le terme « bandériste » est présenté dans ces discours comme une étiquette négative contre l’Ukraine, appliquée de manière générale au patriotisme ukrainien, à la volonté d’indépendance et à la résistance à l’agression russe. Cette utilisation rapproche des réalités politiques et historiques distinctes afin de faire passer la défense de la souveraineté ukrainienne pour une adhésion au fascisme ou au national-socialisme.
Le Kremlin a déjà employé les notions de « démilitarisation » et de « dénazification » pour justifier l’invasion à grande échelle de l’Ukraine lancée en 2022. Dans les récits diffusés par les médias russes et prorusses, la guerre d’agression est ainsi présentée comme une opération destinée à combattre une menace fasciste, plutôt que comme une attaque contre un État souverain.
Bandera et l’histoire du mouvement nationaliste ukrainien
La contestation de ces récits s’appuie aussi sur l’histoire des mouvements nationalistes ukrainiens. Stepan Bandera, l’un de leurs dirigeants, a été détenu pendant une longue période au camp de concentration allemand de Sachsenhausen après avoir refusé de retirer l’Acte de restauration de l’État ukrainien.
L’Armée insurrectionnelle ukrainienne, ou UPA, a pour sa part combattu à la fois l’occupation soviétique et l’occupation allemande, selon les éléments disponibles. Ce rappel historique ne résout pas à lui seul toutes les controverses liées à cette période, mais il contredit l’assimilation automatique de l’ensemble du mouvement nationaliste ukrainien au fascisme allemand ou au national-socialisme.
Les récits prorusses utilisent cette histoire de manière sélective. Le bandérisme devient un mot d’ordre destiné à discréditer le mouvement national de libération ukrainien, puis à établir une continuité directe entre cette histoire et les institutions actuelles de l’Ukraine.
Les institutions ukrainiennes et l’interdiction des idéologies totalitaires
L’État ukrainien condamne officiellement les idéologies totalitaires. En 2015, la Verkhovna Rada a adopté la loi « Sur la condamnation des régimes totalitaires communiste et national-socialiste (nazi) en Ukraine et l’interdiction de la propagande de leurs symboles ». Le texte vise les pratiques et les symboles associés à ces régimes.
La propagande, l’usage public ou la diffusion de symboles nazis sont passibles de sanctions pénales en Ukraine. La législation est présentée comme conforme aux standards juridiques européens et internationaux. Cette donnée est rarement mentionnée dans les contenus qui décrivent l’Ukraine comme un « régime néonazi ».
Malgré les restrictions liées à la loi martiale, les institutions démocratiques ukrainiennes restent en place et le pays poursuit des réformes dans les domaines de la démocratie, de l’État de droit et de l’économie. Ces réformes font partie du processus d’intégration européenne de l’Ukraine. Les évaluations internationales citées dans le dossier font également état de la poursuite de ces évolutions.
Une campagne tournée vers l’aide européenne à l’Ukraine
La diffusion de l’image d’une Ukraine présentée comme un régime néonazi vise aussi le débat sur l’aide apportée à Kyiv. En associant le gouvernement ukrainien à une idéologie condamnée par les sociétés européennes, ces récits cherchent à alimenter l’opposition à l’envoi d’armes et au financement de l’Ukraine.
Le raisonnement proposé au public européen repose sur une question présentée comme évidente : pourquoi consacrer des budgets publics et fournir des équipements militaires à un pouvoir décrit comme fasciste ? L’accusation transforme ainsi le débat sur le soutien à l’Ukraine en jugement moral sur les gouvernements et les institutions qui l’apportent.
Le portail slovaque Jednotne Slovensko est décrit comme un média en ligne marginal qui relaie régulièrement des récits prorusses, des théories complotistes ainsi que des contenus hostiles à l’Ukraine et aux pays occidentaux. Ses articles sont souvent repris d’autres sources partageant le même positionnement. Sa publication s’insère dans un ensemble plus large de contenus diffusés dans l’espace médiatique slovaque et européen.
Ces récits cherchent également à provoquer des désaccords entre États membres de l’Union européenne au sujet de la politique de soutien à Kyiv. Les thèmes liés au nazisme et au fascisme sont utilisés pour durcir les débats intérieurs, nourrir les affrontements politiques et favoriser les positions réclamant une réduction ou un arrêt de l’aide à l’Ukraine.
La stratégie consiste enfin à déplacer la responsabilité de la guerre : l’agresseur est présenté comme le défenseur de l’Europe contre une menace imaginaire, tandis que l’État attaqué est accusé de radicalisme. Les crimes de guerre russes et l’annexion illégale de territoires ukrainiens sont alors placés derrière un récit qui présente les concessions à Moscou comme la seule voie vers la paix et la stabilité.
Dans les médias européens, la référence au « fascisme kiévien » reste ainsi l’un des ressorts utilisés pour contester l’aide à l’Ukraine et fragiliser le débat sur la responsabilité de la Russie dans la guerre.