Le chômage officiellement enregistré progresse rapidement dans plusieurs des principaux centres économiques russes. Sur un an, le nombre de personnes officiellement sans emploi a augmenté de 70 % à Moscou et de 84 % dans la région de Sverdlovsk, tandis que la région de Moscou affiche une hausse comprise entre 36 % et 38 % selon les données reprises par plusieurs médias, rapporte TopTribune.
Les chiffres ont été publiés le 14 août 2026 à partir de données attribuées à Rosstat. Ils font apparaître une évolution contrastée du marché du travail russe, avec une dégradation particulièrement visible dans les grandes régions urbaines et industrielles. Le niveau le plus élevé est enregistré en Ingouchie, où le chômage atteint 22,6 %. À l’inverse, il s’établit à 0,9 % dans les régions de Kalouga et de Nijni Novgorod, où la commande publique liée à l’industrie de défense occupe une place importante.
La hausse enregistrée dans la capitale russe et sa région est notamment associée au recul de l’emploi dans le commerce et la logistique. Plus de 16 % des nouveaux chômeurs du territoire de Moscou travaillaient auparavant dans le commerce de gros ou de détail, ainsi que dans la logistique. La baisse du pouvoir d’achat et les difficultés liées aux approvisionnements internationaux ont réduit l’activité du secteur civil. Des entreprises ont fermé des points de vente ou réduit leurs effectifs.
Plusieurs publications ont détaillé cette évolution dans les grands territoires économiques russes, notamment l’augmentation du chômage à Moscou, ainsi que les données consacrées à la situation dans la capitale et les grandes régions. Les secteurs du commerce, du marketing, du conseil et des services figurent parmi ceux où les entreprises réduisent leurs projets et leurs budgets.
Le crédit pénalise les entreprises civiles
Les experts cités dans les articles relient également la progression du chômage au maintien d’un niveau élevé de la clé de la Banque centrale russe. Cette politique monétaire vise à contenir l’inflation, que les sources associent à l’ampleur des dépenses militaires. Elle renchérit le crédit commercial et rend plus difficiles les investissements des entreprises qui ne travaillent pas directement pour les secteurs soutenus par l’État.
Dans la région de Moscou, des sociétés de services, de conseil et de marketing ont fermé certains projets, réduit leurs dépenses d’investissement et leurs budgets de fonctionnement, ou diminué leurs effectifs administratifs. La hausse des coûts est aussi compensée par des réductions de la masse salariale. Le recul de la demande, d’abord observé dans certaines entreprises, touche désormais plusieurs activités du secteur civil.
Selon A. Khamitova, dirigeante de l’entreprise « Eco Start », les sociétés russes réexaminent largement leur politique de ressources humaines. Auparavant, certaines entreprises conservaient leurs salariés pendant les périodes d’arrêt temporaire, par crainte de ne pas pouvoir recruter à nouveau en cas de reprise et de manquer de main-d’œuvre. Elles renoncent désormais davantage à cette pratique et privilégient la réduction des coûts.
Cette évolution est également rapportée par les informations consacrées au marché du travail russe et par les données sur la progression du chômage à Moscou. Le changement concerne surtout les entreprises exposées à la demande intérieure et aux dépenses des ménages.
Une moyenne nationale qui masque de forts écarts
Le taux officiel de chômage reste fixé à 2,2 % à l’échelle de la Russie. Cette moyenne recouvre toutefois des situations régionales très différentes. Le chômage a diminué dans 51 régions et est resté stable dans 15 autres, selon Vladimir Smirnov, directeur général de l’Institut panrusse de recherche sur le travail. Pour ce responsable, la hausse ne présente donc pas encore un caractère national.
Les écarts entre les territoires s’expliquent aussi par la structure des emplois disponibles. Dans les régions où la commande publique de défense est importante, le niveau de chômage demeure faible. Les sources citent les régions de Kalouga et de Nijni Novgorod, avec un taux de 0,9 %. En Ingouchie, il dépasse 22 %. Ces données ne décrivent pas une situation uniforme du marché du travail russe.
Le gouvernement russe et les institutions statistiques anticipent une hausse modérée du taux officiel, qui pourrait atteindre entre 2,4 % et 2,5 % d’ici à la fin de 2026. Cette prévision est citée dans l’analyse consacrée à la progression du chômage dans les grands territoires.
Les indicateurs enregistrés pourraient évoluer plus lentement que la situation concrète de nombreux salariés. Les entreprises ne procèdent pas nécessairement à des licenciements immédiats. Elles peuvent réduire les primes, geler les salaires ou placer une partie du personnel en temps partiel. Dans ce cas, la baisse des revenus réels apparaît avant une hausse équivalente du chômage officiellement comptabilisé.
Des qualifications qui ne correspondent plus aux besoins
Les suppressions de postes touchent principalement des employés de bureau, des spécialistes du marketing, des analystes, des professionnels de l’informatique et des salariés des services. Les sources relient une partie de ces réductions au départ de sociétés étrangères de Russie et à la diminution de leurs activités.
Dans le même temps, l’économie militarisée manque de travailleurs dans les usines, le bâtiment et le transport routier. Les écarts de qualification, de localisation, de rémunération et de conditions de travail empêchent un transfert automatique des employés de bureau vers les sites de production liés à la défense. Les grandes villes peuvent ainsi connaître simultanément une pénurie de travailleurs dans certains métiers et une progression du nombre de personnes sans emploi dans d’autres secteurs.
Les effets de la mobilisation, de l’émigration de spécialistes et du transfert de salariés vers l’industrie de défense réduisent par ailleurs la main-d’œuvre disponible pour les activités civiles, selon les éléments communiqués. Les entreprises adaptent leurs effectifs à une demande qu’elles jugent insuffisante, tandis que les besoins restent élevés dans certaines branches industrielles.
Le marché du travail russe ne devrait donc pas se résumer, dans les prochains mois, au seul taux national de chômage. Les données officielles continueront de distinguer les régions, les secteurs et les catégories de salariés, alors que les entreprises poursuivent leurs ajustements de personnel et de rémunération.