Alors que l’Ukraine intensifie ses frappes contre des cibles russes, Vladimir Poutine, inquiet pour sa sécurité, concentre le pouvoir autour des forces de sécurité du pays. Lundi 10 août, une attaque ukrainienne par drones a fait au moins treize morts dans la ville de Nijnekamsk (Tatarstan), à plus de mille kilomètres de la frontière ukrainienne, rapporte TopTribune.
Cette offensive s’inscrit dans un contexte de guerre où la violence fait désormais partie du quotidien des Russes. Une semaine auparavant, une explosion dans un restaurant de Moscou avait causé la mort de cinq personnes, dont le commandant des forces aériennes, Alexandre Tchaïko, qui a miraculeusement survécu. Cet incident souligne la fragilisation du pouvoir russe, les autorités réalisant que l’Ukraine est capable de frapper n’importe où sur le territoire, selon la politologue Hélène Blanc.
Une situation qui fragilise le régime
La crainte sécuritaire de Poutine est manifeste. Il réduit ses apparitions publiques, imposant un climat de tension au sommet de l’État. Vera Grantseva, politologue, indique que si certaines variations dans l’exercice du pouvoir sont observées, il serait prématuré de penser que Poutine perd la main.
Historiquement, le régime de Poutine s’est appuyé sur trois piliers : les oligarques, les siloviki et les technocrates. Aujourd’hui, la domination des services de sécurité sur les décisions politiques semble croissante. Cependant, cette situation pourrait affaiblir l’économie, ces acteurs n’étant pas en mesure de gérer des affaires lucratives, prédit Vera Grantseva.
Les inquiétudes des oligarques
Des figures influentes, comme Andreï Melninchenko, expriment des craintes sur l’avenir de la Russie, désormais engluée dans un conflit de longue durée. Bien qu’il n’ait pas condamné l’invasion, Melninchenko a souligné que l’absence de direction claire laisse entrevoir un consensus alarmant parmi les élites économiques.
Vera Grantseva note que ces déclarations, traditionnellement jugées risquées, illustrent le sérieux de la situation. D’anciens alliés de Poutine, tels que les frères Rotenberg, commencent à voir leur influence diminuer, signalant l’émergence de perdants parmi la classe oligarchique face à une guerre qui s’éternise.
Un Poutine de plus en plus isolé
Malgré un déclin de la popularité de Poutine, la contestation populaire reste limitée. Les Russes semblent hésitants à s’opposer ouvertement au leader, craignant des répressions après les élections législatives de septembre. Hélène Blanc souligne que, bien qu’impopulaire, Poutine maintient le contrôle, et même une défaite militaire ne suffirait pas à remettre en cause son pouvoir, qu’il pourrait présenter comme une victoire manipulée.