L’Espagne a déployé son armée dans les rues de Ceuta et décrété l’état d’urgence après que près de 2 000 migrants ont pénétré illégalement dans l’enclave ces derniers jours, déclenchant des heurts avec les forces de l’ordre, rapporte TopTribune.
Face à cette nouvelle poussée migratoire, le gouvernement central a ordonné le déploiement de l’armée espagnole en renfort de la police et de la garde civile. Les soldats patrouillent désormais le périmètre frontalier et les zones industrielles où un grand nombre de migrants ont trouvé refuge après avoir franchi la barrière grillagée qui sépare Ceuta du Maroc.
L’état d’urgence déclaré
La municipalité de Ceuta a immédiatement décrété l’état d’urgence, une mesure qui permet la mobilisation de moyens exceptionnels et facilite la coordination entre les forces de sécurité. Les autorités locales ont précisé que le déluge de franchissements irréguliers s’est produit en l’espace de quarante-huit heures, mettant sous tension les dispositifs d’accueil déjà saturés.
Des échauffourées ont éclaté lorsque des groupes de jeunes migrants ont tenté de forcer les cordons de police pour rejoindre le centre-ville. Selon la préfecture, plusieurs agents ont été légèrement blessés. Un calme précaire est revenu dans la matinée, mais la situation reste volatile.
Rome agite la menace de suspendre Schengen
La réaction la plus immédiate est venue d’Italie. Le ministre de l’Intérieur a fait savoir que son pays était prêt à suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne s’il s’avérait que des migrants présents à Ceuta tentaient de gagner le territoire italien. Une telle décision, rarissime, marquerait une rupture profonde au sein de l’espace de libre circulation européen.
« Nous ne pouvons pas tolérer que les failles à une frontière extérieure se transforment en menace pour les autres États membres », a déclaré un porte-parole du ministère, confirmant que des discussions étaient en cours avec Madrid et Bruxelles. En coulisses, plusieurs capitales européennes observent avec nervosité l’épisode de Ceuta, redoutant un effet domino vers le reste du continent.
Ceuta, un point de pression migratoire permanent
La clôture de barbelés qui ceinture l’enclave espagnole sur la côte nord-africaine est régulièrement prise d’assaut par des migrants cherchant à gagner l’Europe. Haute de six mètres par endroits, elle n’a pourtant jamais empêché les tentatives d’incursion. Ceuta, tout comme Melilla un peu plus à l’est, subit structurellement la pression d’une jeunesse africaine attirée par l’eldorado européen.
Le récent afflux est le plus important depuis la crise de mai 2021, lorsque plus de 8 000 personnes avaient franchi la frontière en un seul week-end. Cette fois, les forces de l’ordre, renforcées par l’armée, entendent éviter que la situation ne dégénère aussi gravement.
L’Espagne appelle à la solidarité européenne
Le gouvernement de Pedro Sánchez a, dans le même temps, lancé un appel à la solidarité européenne. « Nous protégeons la frontière extérieure de l’Union ; attendons la même loyauté de nos partenaires », a sobrement commenté le chef du gouvernement. Madrid réclame depuis des mois une répartition plus équitable des migrants arrivant aux portes de l’Europe, une demande qui reste lettre morte dans une Union profondément divisée sur la question migratoire.
En attendant, les centres d’accueil temporaires de Ceuta débordent. Plusieurs centaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont été transférées vers la péninsule ibérique dans des vols spécialement affrétés. Un tri s’opère entre les demandeurs d’asile potentiels et les migrants en situation irrégulière, qui feront l’objet d’une procédure de retour.
Le Maroc, de son côté, n’a pas réagi officiellement. Les relations bilatérales avec Rabat, déjà émaillées de tensions récurrentes sur la gestion des flux migratoires, pourraient connaître un nouveau refroidissement si Madrid juge que le voisin marocain a fait preuve de laxisme.
La Commission européenne a exhorté les États membres à la retenue et au respect des obligations internationales en matière d’asile. Une réunion extraordinaire des ministres de l’Intérieur de l’UE pourrait être convoquée dans les prochains jours.