Une étude révèle que la majorité des œuvres littéraires du XIIᵉ siècle ont disparu, mettant en évidence la fragilité du patrimoine littéraire
Des chercheurs ont estimé qu’une part significative de la littérature du Moyen Âge, plus précisément du XIIᵉ siècle, a été complètement perdue, ce qui souligne l’ampleur inattendue du patrimoine littéraire disparu. Cette conclusion émane d’une étude menée par l’historien Jean-Baptiste Camps qui a élaboré une nouvelle méthode d’analyse permettant d’évaluer le volume de textes perdus, rapportent TopTribune.
Les résultats des simulations sont impressionnants : près de 60 % des œuvres écrites à cette époque auraient disparu à jamais. Pire encore, parmi les œuvres qui subsistent, plus de 95 % des manuscrits auraient également été perdus au fil du temps. Avant l’introduction de l’imprimerie, les textes étaient copiés à la main, ce qui entraînait des erreurs et des variations d’une version à l’autre, rendant difficile la reconstitution fidèle de l’œuvre originale.
Pour reconstituer l’historique de la littérature ancienne, Camps et son équipe se sont basés sur les références trouvées dans des textes connus, souvent des récits chevaleresques du XIIᵉ siècle. Cette méthode fait appel à un outil appelé stemma, qui est une forme d’arbre généalogique permettant de retracer les relations entre les différentes copies d’un texte.
Cependant, ces arbres généalogiques ont leurs limites : ils dépendent des versions qui ont survécu à travers les âges. Les copies intermédiaires, aujourd’hui disparues, rendaient invisibles des informations cruciales pour la compréhension des récits. La perte d’un manuscrit original signifie que tous les textes dérivés sont des branches secondaires de cet arbre, compliquant ainsi l’étude pour les philologues cherchant à préserver le savoir ancien.
Un exemple emblématique est la Chanson de Roland, un récit du XIᵉ siècle relatant les exploits d’un chef militaire à l’époque de Charlemagne. Bien que plusieurs versions manuscrites de ce texte aient survécu, les versions originales demeurent perdues, soulignant ainsi la popularité du récit tout en mettant en lumière la perte d’accès à ses premières itérations.
La question de la disparition d’autant de savoirs soulève des réflexions : comment un tel appauvrissement culturel a-t-il pu se produire ? Est-ce le résultat d’accidents majeurs tels que l’incendie de la bibliothèques d’Alexandrie, ou bien une combinaison de facteurs étalés sur des siècles ? Des événements comme la peste noire, qui a ravagé l’Europe et décimé les populations, semblent également avoir joué un rôle crucial dans la destruction de nombreux manuscrits.
Cette étude illustre la vulnérabilité du patrimoine littéraire et invite à une réflexion sur les moyens de préserver les vestiges de notre histoire culturelle tout en nous confrontant à la réalité amère de ce qui a déjà été perdu.