La Banque Mondiale a considérablement réduit ses prévisions de croissance mondiale, les fixant à 2,5% pour 2026, un niveau qui représente le plus bas taux depuis la crise pandémique. Les tensions au Moyen-Orient, et plus spécifiquement la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, ont entrainé une hausse significative des prix de l’énergie, affectant gravement les économies en développement, rapporte TopTribune.
Révision des prévisions de croissance mondiale par la Banque Mondiale
La croissance économique globale subit un coup d’arrêt inattendu. Dans son rapport semestriel intitulé Global Economic Prospects, publié récemment, la Banque Mondiale a retranché ses estimations, anticipant une croissance de seulement 2,5% en 2026, comparativement aux 2,9% envisagés en janvier. Ce ralentissement marque un tournant préoccupant qui pourrait avoir des répercussions considérables sur les économies à travers le monde.
Les analystes de l’institution basée à Washington attribuent en grande partie cette détérioration à l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Depuis les opérations militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran fin février 2026, la fermeture stratégique du détroit d’Ormuz par Téhéran a généré des perturbations sur les marchés énergétiques mondiaux. Selon les estimations de l’institution, le prix moyen du baril de Brent devrait atteindre 94 dollars, représentant une augmentation de 36% par rapport à 2025.
Une inflation alimentée par le choc énergétique
Cette envolée des coûts énergétiques a pour effet collatéral de raviver les mécanismes inflationnistes. L’inflation mondiale est projetée à 4% en 2026, contre 3,3% l’année précédente. « La guerre au Moyen-Orient devrait constituer un choc d’offre négatif important mais temporaire, affaiblissant la confiance et resserrant les conditions financières », souligne le Fonds monétaire international dans un énoncé complémentaire.
Au-delà des hydrocarbures, les marchés des engrais subissent également des turbulences, car une grande partie de ces produits transitent par le golfe Persique. Les projections indiquent que leurs prix pourraient s’envoler de 38% cette année, créant des tensions sur l’approvisionnement alimentaire mondial et augmentant l’insécurité nutritionnelle dans les régions les plus vulnérables.
Les pays en développement dans la tourmente
Les nations émergentes et en développement sont particulièrement touchées par cette crise. Leur croissance combinée est anticipée à 3,6% pour 2026, en baisse par rapport aux 4,4% enregistrés l’an dernier, atteignant le niveau le plus bas depuis le début de la pandémie.
Les experts craignent même qu’une « décennie perdue » se profile pour plusieurs de ces pays, avec près de la moitié d’entre eux n’ayant pas réussi à réduire l’écart de revenus avec les nations les plus riches depuis 2019. À la fin de l’année 2026, un quart des économies en développement pourraient afficher un niveau de richesse inférieur à celui d’avant la crise sanitaire.
Risque d’une récession mondiale
Si les tensions actuelles persistent, les conséquences économiques risquent d’être désastreuses. Dans un scénario pessimiste, une aggravation des perturbations énergétiques pourrait entraîner un effondrement de la croissance mondiale à seulement 1,3% en 2026. L’inflation pourrait grimper à 4,4%, créant une combinaison explosive de récession et d’augmentation des prix.
« Si le choc énergétique devait provoquer un stress sur les marchés financiers, la confiance pourrait rapidement s’éroder », avertit Ayhan Kose, économiste en chef adjoint de la Banque Mondiale. Cette situation soulève de sérieuses préoccupations alors que les banques centrales, telles que la Banque centrale européenne, choisissent de privilégier la lutte contre l’inflation, souvent au détriment d’une relance économique.
Endettement et marge de manœuvre compromise
La présente crise met en exergue la vulnérabilité structurelle de nombreux pays en développement, dont le niveau d’endettement a fortement augmenté depuis 2010. La dette publique dans ces économies est passée de moins de 40% à plus de 70% du PIB en l’espace d’une décennie, ce qui limite considérablement leurs marges de manœuvre budgétaires.
« Plus un pays est déjà endetté, plus les coûts d’emprunt de la dette supplémentaire explosent », explique Indermit Gill, économiste en chef de la Banque Mondiale. Cette situation compromet gravement la capacité de ces nations à investir dans les infrastructures et les services publics nécessaires à un développement durable.
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. Actuellement, dix-neuf pays dépendent encore de l’aide internationale pour leur approvisionnement alimentaire. Les économies du Golfe devraient voir leur croissance dégringoler de 3,9% en 2025 à quasiment zéro en 2026. Parallèlement, la zone euro pourrait restreindre sa croissance à 0,8% pour l’année en cours, alors que l’Inde se distingue comme la grande économie enregistrant la plus forte croissance, avec une estimation de 6,6%.