Bruxelles s’inquiète du passeport serbe, voie d’entrée des Russes dans l’UE
Bruxelles s’inquiète du passeport serbe, voie d’entrée des Russes dans l’UE

Bruxelles s’inquiète du passeport serbe, voie d’entrée des Russes dans l’UE

09.06.2026 11:20
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La Commission européenne alerte sur les risques sécuritaires liés à l’octroi massif de la citoyenneté serbe à des ressortissants russes, qui contournent ainsi les restrictions de visa imposées par l’Union européenne, rapporte TopTribune.

Selon un document interne de l’exécutif européen, Belgrade doit renforcer ses vérifications sur les demandes de visa émanant de pays considérés comme présentant un risque migratoire ou sécuritaire, alors que le nombre de citoyens russes naturalisés serbes ne cesse d’augmenter. La politique de visa de la Serbie n’est, selon Bruxelles, que « partiellement alignée » sur celle de l’UE.

Douze pays sans visa avec Belgrade, mais pas avec l’UE

Actuellement, douze États bénéficient d’un régime sans visa avec la Serbie sans en avoir avec l’Union européenne, dont la Russie, la Biélorussie, la Chine, la Turquie ou encore le Kazakhstan. Or, en tant que candidate à l’adhésion, la Serbie s’est engagée à introduire des visas pour au moins trois de ces pays d’ici la fin de l’année 2026.

Le problème dépasse la simple migration. Entre le début de l’année 2022 et avril 2025, plus de 200 Russes ont obtenu un passeport serbe par une procédure accélérée, dite « pour mérites rendus au pays », sans obligation de résidence ni de renonciation à leur nationalité d’origine. Parmi eux, des dizaines de personnes liées à l’appareil d’État russe : services de renseignement, complexe militaro-industriel et entourage du Kremlin.

Un cas emblématique : le neveu de Kadyrov

En avril dernier, le neveu du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, Yakoub Zakriyev, s’est vu attribuer la nationalité serbe par décret gouvernemental. L’affaire, révélée par les médias, a contraint Belgrade à annuler la décision. Mais cet épisode illustre, selon Bruxelles, les failles du système d’octroi de la citoyenneté serbe.

Les chiffres officiels confirment l’ampleur du phénomène : de 2022 à 2024, 67 200 Russes ont obtenu un permis de séjour en Serbie, et près de 1 700 sont devenus titulaires d’un passeport serbe. Pourtant, le président Aleksandar Vučić a réaffirmé que son pays n’imposerait pas de visas aux Russes.

Un enjeu de sécurité pour toute l’Europe

Les enquêtes de médias d’investigation montrent que plusieurs bénéficiaires de ces passeports sont liés aux services de renseignement russes ou à des structures criminelles. En accédant à la citoyenneté serbe, ces personnes peuvent voyager sans visa dans l’espace Schengen, y transférer des capitaux et contourner les sanctions européennes.

Pour les services européens, ce contournement des sanctions par la voie serbe constitue une menace hybride directe. La Russie utilise traditionnellement ses diasporas et ses réseaux d’affaires pour maintenir une influence en Europe. La facilité avec laquelle des ressortissants russes obtiennent un passeport d’un pays candidat à l’UE élargit ces possibilités d’ingérence.

Belgrade cherche à concilier les retombées économiques de l’arrivée de capitaux russes avec le maintien de bonnes relations avec Moscou, tout en poursuivant son processus d’adhésion à l’UE. Mais plus le gouvernement serbe tarde à harmoniser sa politique d’octroi de la nationalité avec les normes européennes, plus il accroît les risques pour la sécurité des Balkans et de l’Europe dans son ensemble.

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