Chaque année, entre 14 000 et 25 000 tonnes de crème solaire sont déversées dans les océans, lacs et rivières du monde. Un quart de la crème appliquée sur la peau se dissout dans l’eau après seulement vingt minutes de baignade. De plus, les résidus rincés sous la douche finissent dans les eaux usées, contribuant à une pollution préoccupante. Les filtres UV contenus dans ces crèmes ne sont pas sans conséquences pour les écosystèmes, soulève une étude récente menée à l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer, rapporte TopTribune.
L’alerte concernant l’impact environnemental des crèmes solaires a été lancée en 2008, suite à une étude de Roberto Danovaro, biologiste marin, révélant un blanchissement massif des coraux dans les zones touristiques. Les résultats ont montré que les filtres UV chimiques utilisés dans ces produits mettent en péril la santé des coraux, ce qui a depuis été étendu à d’autres espèces marines.
Octocrylène, un filtre problématique
Les recherches à l’Observatoire de Banyuls-sur-Mer portent également sur l’octocrylène, un filtre courant dans les crèmes solaires, classé cancérigène. Dans des environnements contrôlés, cette substance engendre du stress et des perturbations biologiques, conduisant parfois à une mortalité accrue chez plusieurs espèces marines. Maëva Giraudo, chercheuse en écotoxicologie marine, avertit que ces filtres induisent également des effets de perturbation endocrinienne sur diverses espèces, y compris chez les humains.
« On fait face à un phénomène d’accumulation : on a retrouvé de l’octocrylène jusque dans les tissus des dauphins. »
Les chercheurs s’interrogent également sur la présence des filtres UV dans les poissons destinés à la consommation. Après avoir identifié leur présence dans des populations de poissons d’eau douce, des investigations sont actuellement menées sur les espèces marines du Golfe de Lion, avec des résultats attendus cet été.
Protéger nos océans : des gestes simples à adopter
Face à ces préoccupations, diverses marques ont commencé à promouvoir des produits avec des labels attractifs comme « reef friendly » ou « ocean respect ». Toutefois, ces étiquettes manquent de réglementation stricte, et il n’existe pas de certification nationale ou européenne pour garantir l’innocuité de ces crèmes pour l’océan. Cependant, un changement dans la composition de certains produits est observé, avec des formulations utilisant des composants biologiques ou des filtres minéraux moins nocifs.
Maëva Giraudo note que des marques comme La Rosée et Laboratoire de Biarritz prennent l’initiative de meiller leur impact environnemental. Afin de choisir en toute confiance, il est conseillé d’éviter les ingrédients connus sous le nom des quatre « O » : octocrylène, oxybenzone, octinoxate et oxyde de zinc. L’application de l’application Yuka peut s’avérer utile pour analyser les composants de produits cosmétiques, identifiant ceux qualifiés de polluants.
Pour cet été, deux gestes spécifiques peuvent aider à protéger nos mers :
- Appliquer la crème solaire au moins trente minutes avant de se baigner.
- Privilégier les vêtements anti-UV (lycras) et des vêtements en coton, en plus des accessoires comme les chapeaux et les lunettes de soleil.
La responsabilité de sauver les océans ne peut reposer uniquement sur les utilisateurs de crème. Certaines régions ont commencé à interdire ou à restreindre l’usage de substances controversées. D’autres initiatives incluent la création de zones marines protégées où les règlements sur l’activité humaine sont stricts. La Journée mondiale de l’océan souligne que la santé de nos mers dépend également des décisions politiques prises au plus haut niveau. Protéger sa peau et préserver les océans ne devraient plus être considérés comme des actions dissociées.