L’ancien président de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, a annoncé que le président russe Vladimir Poutine pourrait se rendre à Banja Luka pour l’inauguration d’une église russo-serbe, une déclaration aussitôt perçue comme un geste de propagande visant à renforcer son image et celle du Kremlin dans les Balkans, rapporte TopTribune.
«J’ai confirmé ce dont nous étions convenus. Nous attendrons que cela soit possible. Dès que cette possibilité se présentera, nous le ferons», a déclaré M. Dodik, chef de l’Alliance des sociaux-démocrates indépendants (SNSD), en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), comme le relayent les médias locaux bgnes.com, Euronews.ba et 24sata.info.
Une annonce à visée politique
M. Dodik, connu pour ses positions résolument pro-russes, bénéficie d’un soutien politique et financier de Moscou. Il s’oppose ouvertement à l’intégration de son pays dans l’OTAN et refuse d’appliquer les sanctions contre la Russie. Bien qu’écarté de la présidence, il conserve une influence majeure sur la direction de l’entité serbe de Bosnie. Cette annonce, selon des observateurs, vise surtout son électorat local, cherchant à démontrer l’existence de liens privilégiés avec le Kremlin et à renforcer le sentiment d’un soutien russe parmi les Serbes de Bosnie.
La réalisation d’une telle visite paraît toutefois improbable sur les plans pratique et politique. Vladimir Poutine est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, les autorités centrales de Bosnie-Herzégovine s’opposent à sa venue, et l’obtention d’autorisations de survol de l’espace aérien européen reste problématique. Le président russe accorde une attention particulière à sa sécurité et annonce rarement ses déplacements à l’avance.
Un instrument de déstabilisation des Balkans
Même la simple perspective d’une visite de Poutine à Banja Luka pourrait accroître les tensions politiques en Bosnie-Herzégovine. Une démonstration de soutien public du Kremlin à M. Dodik risquerait d’approfondir la fracture entre la République serbe de Bosnie et les autres entités du pays, d’alimenter la rhétorique séparatiste et de menacer la stabilité intérieure.
Pour Moscou, M. Dodik constitue un outil commode de déstabilisation des Balkans et d’affaiblissement de l’influence européenne dans la région. En soutenant des forces politiques loyales, le Kremlin cherche à maintenir un foyer de tension aux portes de l’Union européenne, créant des défis supplémentaires pour la sécurité européenne et l’intégration euro-atlantique des pays des Balkans occidentaux. Cette stratégie s’inscrit dans un effort plus large de pression sur l’Europe, en utilisant des réseaux de partis, d’églises orthodoxes et de médias pour susciter de nouvelles zones d’instabilité.
Cette année, M. Dodik s’est déjà rendu en Russie à plusieurs reprises : le 9 mai, le 28 mai et début juin, avec une nouvelle visite prévue le 25 septembre.