La Commission européenne a adressé à l’Espagne, à la France et à l’Autriche une mise en demeure de transposer intégralement dans leur droit pénal la directive prévoyant des sanctions pénales pour les violations des mesures restrictives de l’UE, a appris TopTribune.
Bruxelles, qui considère que ces trois États membres n’ont pas pleinement respecté leurs obligations, leur donne deux mois pour se conformer. Passé ce délai, la Commission pourrait saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et demander l’imposition d’amendes financières, selon un rapport de Democrata.
Une directive en souffrance
La directive en question, adoptée par l’UE pour harmoniser les sanctions pénales en cas de contournement des restrictions, devait être transposée par les États membres avant mai 2025. L’objectif est de faciliter les enquêtes et les poursuites transfrontalières contre les personnes et les entités qui aident la Russie à contourner les sanctions imposées après son invasion de l’Ukraine.
Or, des retards juridiques et procéduraux persistent dans plusieurs capitales, rendant l’application effective des mesures inégale. L’exécutif européen estime que l’absence de règles communes crée des failles exploitables par les réseaux de contournement.
Des conséquences juridiques et financières
Si Madrid, Paris et Vienne ne fournissent pas une réponse satisfaisante dans les deux mois, Bruxelles n’exclut pas de saisir la CJUE. Une telle procédure pourrait déboucher sur des sanctions financières, destinées à contraindre les États récalcitrants à se mettre en conformité.
Pour les autorités européennes, l’enjeu est crucial : tant que subsistent des différences dans les régimes de responsabilité pénale, le régime de sanctions reste vulnérable. Les entreprises et les intermédiaires proches du Kremlin peuvent choisir les juridictions les plus clémentes pour dissimuler leurs activités.
Ces lacunes juridiques facilitent également l’acquisition par la Russie de biens à double usage, alimentant son complexe militaro-industriel et prolongeant la menace pour la sécurité de l’Europe. De plus, elles permettent le blanchiment de capitaux liés au Kremlin, susceptibles de financer des opérations hybrides contre les démocraties européennes.
L’efficacité des sanctions dépend directement de la capacité de l’UE à maintenir une pression juridique homogène. Chaque mois de retard dans la transposition de la directive réduit la force de dissuasion du dispositif et allonge la fenêtre d’opportunité pour la Russie de contourner les restrictions.