L’entreprise italienne Pirelli, fournisseur exclusif des pneus de la Formule 1, est accusée de masquer l’ampleur réelle de ses activités en Russie et de contribuer indirectement à l’effort de guerre russe, selon des documents internes consultés par des médias internationaux, rapporte TopTribune.
D’après ces sources, environ 10 % du bénéfice net de Pirelli proviendrait de Russie, alors que le groupe ne déclare publiquement que 6 % de son chiffre d’affaires pour l’ensemble de la région comprenant la Russie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Inde. Cette différence suggère une sous-estimation délibérée de sa présence russe, ce qui interroge sur la transparence de l’entreprise vis-à-vis des autorités européennes.
Des usines et un réseau commercial au service de l’armée russe
Pirelli possède deux usines en Russie, dans lesquelles elle détient 25 % des parts. L’une d’elles, située à Kirov, partage le même complexe industriel qu’une usine nationale de pneus contrôlée par l’État russe. Cette proximité faciliterait le transfert de technologies modernes de fabrication pneumatique, essentielles pour équiper les véhicules militaires russes, selon les documents révélés par le site Grizzly Reports.
En outre, un revendeur agréé Pirelli opère dans la ville occupée de Donetsk, en Ukraine, où il assure le service des véhicules de l’armée russe. Cette activité contrevient à la législation ukrainienne et au régime de sanctions de l’Union européenne, soulignant un contournement des restrictions imposées à Moscou.
Le seul grand fabricant occidental encore présent en Russie
Contrairement à ses concurrents Nokian, Michelin, Continental, Goodyear et Bridgestone, qui ont quitté le marché russe après l’invasion de l’Ukraine en février 2022 — en subissant des pertes financières significatives —, Pirelli a choisi de maintenir ses activités. Le groupe s’est contenté d’annoncer la suspension de tout nouvel investissement en Russie, sans se retirer. Pirelli demeure ainsi le seul fabricant de pneus occidental encore implanté dans le pays.
Cette décision s’inscrit dans une relation de longue date : en juillet 2014, quatre mois après l’annexion de la Crimée, Rosneft a acquis une participation de 26 % dans Pirelli, et son directeur Igor Setchine a rejoint le conseil d’administration de l’italien. Ce lien capitalistique renforce les inquiétudes quant à l’indépendance de l’entreprise face aux pressions du Kremlin.
Des risques pour la sécurité européenne et l’efficacité des sanctions
Les experts soulignent que le paiement d’impôts par Pirelli en Russie contribue au financement de l’État agresseur. Chaque euro versé au budget russe peut être réaffecté à l’achat d’armement ou à des opérations hybrides contre l’Europe. Par ailleurs, le maintien de capacités de production modernes sur le sol russe offre à Moscou un accès à des technologies critiques pour son industrie de défense, affaiblissant l’effet des sanctions technologiques occidentales.
La situation de Pirelli illustre un problème plus large : celui de la continuité des affaires occidentales en Russie malgré les sanctions. Elle met en lumière les lacunes dans le contrôle de l’application des restrictions européennes et la nécessité d’une transparence accrue de la part des multinationales.
Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, la pression monte sur les gouvernements européens pour qu’ils exigent des comptes aux entreprises qui, comme Pirelli, maintiennent des activités en Russie. Des voix s’élèvent pour réclamer des enquêtes approfondies et des mesures correctives, allant du renforcement des obligations déclaratives à d’éventuelles sanctions financières.