Près de 4 millions de personnes souffrent d’asthme en France, avec une efficacité démontrée des biothérapies
En France, près de 4 millions de personnes présentent un asthme, dont 5 à 10 % souffrent d’une forme sévère. Les biothérapies ont démontré leur efficacité dans la prise en charge de ces formes sévères, comme le précisent les premières recommandations françaises sur l’asthme sévère de l’adulte de la Société de pneumologie de langue française (SPLF), élaborées avec la Société française d’allergologie (SFA). Ces traitements ont en effet réduit la fréquence des exacerbations (crises) et le recours aux corticoïdes par voie orale, tout en améliorant le contrôle des symptômes, et même en permettant une rémission clinique dans 30 % des cas, rapporte TopTribune.
Une biothérapie dans l’asthme est un traitement injectable qui cible directement certains mécanismes inflammatoires spécifiques responsables des symptômes. Contrairement aux corticoïdes inhalés, qui traitent l’ensemble de l’inflammation, les biothérapies bloquent des acteurs précis de l’immunité impliqués dans les crises et l’obstruction bronchique.
Les spécialistes recommandent d’administrer une biothérapie uniquement aux personnes souffrant d’asthme sévère ayant subi au moins deux crises significatives au cours de l’année précédente. Lorsque le taux d’éosinophiles est très élevé (> 1 500/µL), certaines biothérapies telles que le mépolizumab, le benralizumab ou le tezepelumab sont souvent privilégiées. Cependant, une étude récente montre une utilisation insuffisante de ces traitements, avec seulement un patient éligible sur trois recevant une biothérapie.
Seuls 32,4 % des asthmatiques sévères avec indication de biothérapie ont été traités
Pour arriver à ce constat, les chercheurs se sont basés sur le projet ASMAP, qui utilise une vaste base de données issue d’environ 9 200 pharmacies, couvrant près de 47 millions de patients. Les données analysées concernent l’année 2024, avec un recul de neuf ans.
Une biothérapie est proposée lorsque l’asthme reste mal contrôlé malgré un traitement usuel bien suivi. Cela s’applique aux personnes ayant eu au moins deux traitements par corticoïdes pris par voie orale ou injectable dans l’année pour gérer des crises importantes, et/ou utilisant un inhalateur de secours très fréquemment (au moins trois flacons par an).
En 2024, 3 770 977 personnes âgées de 6 ans et plus ont été identifiées comme asthmatiques en France, soit 5 697 pour 100 000 habitants. Parmi elles, 7,9 % présentaient une forme sévère. Sur ce groupe, 43,9 % remplissaient les critères pour une biothérapie, mais seulement un tiers a effectivement reçu ce traitement.
Accès limité aux pneumologues et délais d’attente pour le traitement
Les raisons de cette sous-utilisation des biothérapies sont multiples. D’une part, il existe un retard dans la prise en charge optimale : le délai médian entre l’initiation d’un traitement inhalé à forte dose par un pneumologue et le début d’une biothérapie est d’environ 20 mois.
De plus, 71 % des patients atteints d’asthme sévère et ne recevant pas de biothérapie étaient suivis uniquement par un médecin généraliste en 2024. Or, ces patients ont besoin de l’expertise des pneumologues spécialisés. Leur dossier doit être discuté lors de « réunions de concertation Asthme » (RCT).
Un meilleur contrôle de la maladie vérifié sous biothérapie
Les résultats indiquent également que les patients bénéficiaires de ces biothérapies consomment moins de corticoïdes par voie orale que ceux qui n’en reçoivent pas (3,1 % contre 9,1 %), ce qui témoigne d’un meilleur contrôle de la maladie.
Selon le Pr Pascal Chanez, chef du service de pneumologie à l’Hôpital Nord de Marseille et participant à cette étude, « beaucoup de patients ayant un asthme sévère et pouvant bénéficier d’une biothérapie sont suivis uniquement par leur médecin généraliste. Une organisation améliorée du parcours de soins, tant au niveau national que local, faciliterait leur prise en charge et l’accès à ces traitements en France ».