
Se protéger des rayons solaires ne semble plus être une habitude aussi ancrée qu’il y a deux ans. D’après les données du baromètre FEBEA-OpinionWay 2026, 29 % des Français affirment ne pas utiliser de protection solaire lorsqu’ils se rendent à la plage ou à la piscine, un chiffre en augmentation par rapport à 17 % en 2024. Ce constat est alarmant dans un pays où les cas de cancers cutanés sont en forte hausse depuis plusieurs décennies, rapporte TopTribune.
Le prix de la crème solaire devient un frein très concret
Dans la relation des Français au soleil, les préoccupations vont au-delà des enjeux de santé. Elles s’avèrent également économiques. Selon le baromètre, 53 % des répondants mentionnent le coût des protections solaires comme un obstacle à leur utilisation. Ce chiffre grimpe à 58 % parmi les parents, alors que les enfants représentent une population particulièrement vulnérable aux rayons UV.
Cette contrainte financière s’inscrit dans un contexte où l’application efficace d’une crème solaire nécessite non seulement une quantité suffisante, mais aussi plusieurs réapplications dans la journée. Autrement dit, le coût total d’une protection adéquate dépasse largement l’achat initial d’un tube avant les vacances, en tenant compte de la fréquence d’utilisation, de la taille de la famille, du temps d’exposition et des activités exercées.
En outre, l’obligation de réappliquer le produit est perçue comme une contrainte presque aussi grande que le prix. Toujours selon la FEBEA, 54 % des Français estiment que la nécessité de renouveler l’application au cours de la journée constitue un frein. Ce manque d’assiduité se reflète dans les comportements : seulement un Français sur quatre dit renouveler sa protection solaire toutes les deux heures lorsqu’il s’expose au soleil.
Chez les parents, la différence entre ce qu’ils envisagent et leurs vraies actions est particulièrement marquée. D’après le rapport, 84 % déclarent appliquer une crème solaire sur leur enfant, mais seuls 42 % affirment renouveler l’application toutes les deux heures, ce qui représente une baisse de 17 points par rapport à 2024.
Protection solaire : des gestes simples, mais souvent incomplets
Bien que l’application de crème solaire soit généralisée, elle ne garantit pas toujours une protection adéquate. L’Assurance maladie préconise d’appliquer une couche généreuse trente minutes avant l’exposition, même par temps nuageux, et de répéter l’opération toutes les deux heures. Il est également crucial de remettre de la crème après baignade, effort physique intensif ou forte transpiration.
Cette mise en garde est primordiale, car un grand nombre de consommateurs surestiment la durée de protection d’un produit solaire. Une unique application le matin ne suffit pas à assurer une protection tout au long d’une journée à la plage, à la piscine ou en randonnée. La transpiration, l’eau, le sable, ainsi que le frottement des vêtements et des serviettes diminuent progressivement l’efficacité de la protection.
De plus, la DGCCRF souligne qu’aucune crème ne filtre entièrement les ultraviolets. Un indice élevé réduit les risques, mais une exposition prolongée demeure intrinsèquement dangereuse. Il est donc essentiel de considérer le produit solaire comme un simple élément d’un ensemble de mesures de protection, qui incluent des vêtements couvrants, un chapeau, des lunettes de soleil, la recherche d’ombre et la limitation de l’exposition aux heures les plus intenses.
Pour les enfants, une vigilance accrue est recommandée, avec une protection constante et répétée. Cependant, cette exigence entre parfois en conflit avec la réalité des comportements familiaux : plus le besoin de réapplication est fréquent, plus cela constitue une contrainte.
Les jeunes plus exposés aux croyances sur le soleil
Le relâchement des bonnes pratiques est particulièrement marqué chez les jeunes de moins de 25 ans. Selon le baromètre, 40 % d’entre eux avouent ne pas utiliser de protection solaire à la plage ou à la piscine. Près d’un jeune sur deux pense qu’il peut s’en passer sans risque, contre 35 % de l’ensemble des Français.
Ces statistiques révèlent une compréhension encore très limitée des dangers du soleil. Le coup de soleil est souvent perçu comme le principal indicateur de danger. Pourtant, les effets des rayons UV s’accumulent et peuvent se manifester sans brûlures immédiates.
Marina Alexandre-Audaire, dermatologue, souligne dans une interview que « le coup de soleil n’est qu’une manifestation visible des atteintes causées par les UV. Une grande partie des effets néfastes n’est pas immédiatement visible ».
Les idées reçues demeurent également répandues. Selon la FEBEA, 46 % des Français croient que la quantité de crème appliquée n’affecte pas le niveau de protection, alors que cela constitue un facteur crucial : une application insuffisante réduit significativement l’efficacité. De plus, 30 % des Français estiment qu’un maquillage ou une crème de jour avec SPF garantit une protection tout au long de la journée.
Certaines croyances, comme celle selon laquelle la crème solaire empêcherait de bronzer, persistent également. D’après l’étude, 21 % des Français soutiennent encore cette notion. Cependant, la protection solaire ne bloque pas entièrement le bronzage, elle limite surtout les effets nocifs des UV et réduit le risque de brûlure.
Environnement et santé : une défiance qui brouille le message
L’étude révèle également que les préoccupations au sujet des ingrédients et de l’impact environnemental influencent les comportements. Selon la FEBEA, 52 % des répondants évoquent les effets potentiels de certains composants sur leur santé comme un frein à l’utilisation des crèmes solaires, tandis que 50 % citent l’impact environnemental.
Ces préoccupations ne se limitent pas à un simple changement de marque ou de formule, elles peuvent conduire à une abstention totale de protection. Le baromètre indique que près d’un Français sur trois a déjà renoncé à se protéger pour des raisons liées à l’environnement. Chez les jeunes de moins de 25 ans, ce chiffre atteint même 50 %.
Ce constat met en lumière une difficulté en matière de prévention : il est crucial de répondre aux préoccupations écologiques sans donner l’impression que renoncer à la crème solaire est une option sans risque. Les consommateurs expriment un manque de repères clairs. D’après la FEBEA, 85 % ne parviennent pas à identifier les produits respectueux de l’environnement, tandis que 39 % aimeraient mieux comprendre les avantages de certains labels.
Marina Alexandre-Audaire insiste sur l’importance de ne pas réduire la protection à un seul produit : « la crème solaire ne doit pas créer un faux sentiment de sécurité ; elle doit être vue comme un complément aux autres mesures de protection et ne remplace ni l’ombre ni les vêtements ».
Les cancers de la peau rappellent l’enjeu sanitaire
Ce recul des réflexes en matière de protection solaire survient dans un contexte sanitaire préoccupant. Selon l’Institut national du cancer, 17 922 nouveaux cas de mélanomes cutanés ont été recensés en France métropolitaine en 2023. De plus, l’INCa rappelle que l’incidence et la mortalité attribuées aux mélanomes cutanés ont nettement augmenté au cours des quarante dernières années.
Pour sa part, Santé publique France met en lumière que, entre 1990 et 2023, le nombre annuel de nouveaux cas de mélanomes a été multiplié par 5,4 chez les hommes et par 3,4 chez les femmes. Bien que les mélanomes restent rares chez les enfants de moins de 15 ans, ils figurent parmi les cancers les plus fréquents chez les personnes âgées de 20 à 50 ans.
Le baromètre solaire 2026 pose donc une question essentielle : comment maintenir des gestes préventifs dans le temps, alors que les consommateurs jonglent entre coût, contraintes pratiques, méfiance et désir de bronzage ? Pour les autorités sanitaires et les fabricants, il ne s’agit