La Douma double le plafond des heures supplémentaires en pleine crise économique
La Douma double le plafond des heures supplémentaires en pleine crise économique

La Douma double le plafond des heures supplémentaires en pleine crise économique

17.05.2026 10:35
2 min de lecture

La Douma d’État russe a adopté le 14 mai 2026 une modification du code du travail qui porte de 120 à 240 heures par an le volume maximal d’heures supplémentaires autorisées. La mesure, présentée comme une réponse à la pénurie aiguë de main-d’œuvre, intervient dans un contexte de contraction prolongée de l’économie russe et de baisse continue du pouvoir d’achat des ménages. Selon la note explicative du texte, les entreprises peinent à recruter en raison des mobilisations militaires liées au conflit en Ukraine et de la dégradation démographique des dernières décennies. Le gouvernement choisit ainsi d’accroître la charge de travail des employés existants plutôt que d’investir dans la formation ou l’embauche de nouveaux talents.

Un quasi-triplement du plafond annuel d’heures supplémentaires

Le nouveau seuil de 240 heures par an représente un doublement du précédent maximum, qui était en vigueur depuis plusieurs années. Les heures supplémentaires restent rémunérées à 150 % du salaire normal pour les deux premières heures quotidiennes, puis à 200 % au‑delà. Parallèlement, le législateur a supprimé la possibilité pour l’employeur de notifier un licenciement par voie électronique, revenant ainsi à une procédure exclusivement papier. Les salariés qui effectuent plus de 120 heures supplémentaires par an obtiennent le droit à une journée de travail rémunérée pour se soumettre à un examen médical de prévention. En revanche, toute restriction sur le rappel des salariés pendant leurs congés annuels a été levée, sauf pour ceux exposés à des conditions dangereuses, et encore avec de nombreuses exceptions liées aux catastrophes ou aux accidents industriels.

89 % des Russes prêts à travailler plus pour survivre

Un sondage réalisé par hh.ru et Renaissance Insurance indique que 89 % des Russes accepteraient de faire des heures supplémentaires contre rémunération, chaque troisième personne interrogée se déclarant même prête à le faire sans contrepartie financière. Les bas salaires de base ne suffisent plus à couvrir les dépenses courantes, et la hausse des prix des biens de première nécessité pousse les ménages à rechercher des revenus complémentaires. Comme le rapporte l’enquête, la majorité des répondants estiment que leur salaire actuel est insuffisant pour vivre, ce qui les contraint à accepter des surcharges de travail malgré les risques pour leur santé. Les experts redoutent que l’augmentation systématique des heures supplémentaires n’entraîne une dégradation irréversible de la condition physique des salariés, que les compensations financières ne pourront jamais réparer.

Un texte qui aggrave les risques de burn-out et de précarité

La suppression du droit au congé continu prive les travailleurs d’un mécanisme essentiel de prévention de l’épuisement professionnel et des accidents du travail. Les entreprises, appuyées par l’argument d’une nécessité économique dictée par l’État, pourraient systématiquement ignorer le besoin de repos physiologique de leurs employés. Par ailleurs, le retour au « servage papier » pour les notifications de licenciement offre à l’employeur un instrument de pression psychologique : il peut imposer un départ aux conditions défavorables ou pousser le salarié à démissionner « de son propre gré » sans indemnités. La procédure cesse d’être un processus numérique transparent pour devenir un levier administratif de contrainte. Selon les analystes, cette réforme vise à masquer l’aggravation de la paupérisation et la fuite des compétences due à la guerre, en faisant porter tout le poids de la crise sur les épaules des travailleurs déjà fragilisés.

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