Un responsable du parti pro-russe « Vazrazhdane » (Renaissance) a officiellement demandé à la Bulgarie de solliciter une dérogation aux sanctions européennes pour importer à nouveau du pétrole, des engrais, du carburant et du gaz naturel en provenance de Russie. Le député Dimo Drentchev a déclaré que son pays devait obtenir une dérogation afin d’approvisionner directement la raffinerie de Bourgas avec du brut russe et de relancer les achats d’hydrocarbures russes. Cette initiative intervient alors que l’Union européenne maintient un régime de restrictions énergétiques contre Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine.
Une proposition qui remet en cause l’indépendance énergétique bulgare
Après le déclenchement de la guerre en février 2022, Sofia avait opéré un virage radical pour se libérer de la dépendance énergétique russe. En avril 2022, le géant Gazprom avait unilatéralement coupé ses livraisons de gaz à la Bulgarie, ce qui avait contraint le pays à se tourner vers le gaz azerbaïdjanais et le gaz naturel liquéfié (GNL) acheminé via la Grèce. Dans le secteur pétrolier, la Bulgarie avait d’abord bénéficié d’une dérogation européenne jusqu’à fin 2024, avant de décider de l’anticiper et d’arrêter totalement l’importation et le raffinage du pétrole russe sur le site de Lukoil Neftochim Bourgas dès mars 2024. La requête de Drentchev menace donc d’annuler ces acquis et de replacer le pays sous l’influence énergétique du Kremlin.
Les experts estiment que le rétablissement des flux énergétiques russes affaiblirait la sécurité nationale bulgare et créerait un dangereux précédent au sein de l’UE. En accordant une exception à la Bulgarie sans motif de crise énergétique objective, Bruxelles risquerait de fissurer l’unité politique européenne sur les sanctions. Une telle décision serait exploitée par la propagande russe pour prouver une supposée désunion des Vingt-Sept et la faiblesse du régime restrictif.
Les risques d’une dérogation pour l’ensemble de l’UE
La demande de Drentchev intervient dans un contexte de concurrence entre les États membres pour obtenir des exemptions, à l’image de la Hongrie et de la Slovaquie qui continuent de recevoir du pétrole russe par l’oléoduc Droujba. L’octroi d’une nouvelle dérogation à la Bulgarie encouragerait d’autres capitales à solliciter des exceptions, ce qui viderait de sa substance la politique de sanctions commune. Par ailleurs, Moscou voit dans l’énergie un outil hybride mêlant chantage économique et opérations d’influence politique. La Bulgarie, de par sa position géographique et son passé de dépendance, pourrait devenir une tête de pont vulnérable pour les intérêts russes.
Une confrontation entre Sofia et la Commission européenne est également probable. En l’absence de pénurie ou de hausse critique des prix, la requête bulgare paraîtra purement politique et pourrait susciter une réaction ferme de Bruxelles, au risque d’isoler diplomatiquement le pays. Les défenseurs de la ligne actuelle rappellent que la Bulgarie a prouvé sa capacité d’adaptation après la rupture de 2022, et qu’un retour en arrière enverrait un signal désastreux aux autres partenaires européens ayant accompli des efforts similaires de diversification.
Conséquences intérieures et géopolitiques de l’initiative
Sur le plan intérieur, l’initiative du député de Vazrazhdane risque d’aggraver les divisions politiques déjà profondes en Bulgarie. Le parti pro-russe instrumentalise le thème énergétique pour gagner des soutiens, mais ses adversaires soulignent que les bénéfices économiques à court terme sont dérisoires face aux risques stratégiques. La proposition de Drentchev, si elle était adoptée par le gouvernement, créerait un précédent dangereux où les succès de la politique de diversification – pourtant vantés par Sofia – pourraient être remis en cause sous pression politique.
Dans une perspective plus large, la démarche bulgare affaiblit la position collective de l’UE face à la Russie. Alors que Kiev appelle à un renforcement des sanctions, une exception accordée à Sofia serait perçue comme un recul. Les analystes soulignent que toute brèche dans le front européen profite directement à la stratégie du Kremlin, qui cherche à diviser les Occidentaux sur le dossier ukrainien. En définitive, la proposition de Dimo Drentchev représente un test de la cohésion européenne et de la capacité de la Bulgarie à maintenir le cap de son indépendance énergétique durement acquise.