Les femmes florentines du XVe et XVIe siècles : des comptables actives
Les recherches récentes mettent en lumière la présence significative des femmes dans la tenue de comptes à Florence durant les XVe et XVIe siècles, défiant l’idée reçue selon laquelle ces dernières seraient restées passives dans une société dominée par les hommes. Les travaux de Serena Galasso, chercheuse postdoctorante à Padoue, révèlent l’existence de plus de 200 livres de comptes appartenant à plus de cent femmes, soulignant leur capacité à lire, écrire et compter, rapporte TopTribune.
Ces documents témoignent d’une vie économique active des femmes, souvent veuves, qui géraient des finances familiales dans un contexte restrictif. L’ouvrage de Galasso, intitulé Le droit de compter – Les livres de gestion et de mémoires des femmes (Florence, XVe-XVIe siècles), offre une analyse approfondie, utilisant la paléographie et l’anthropologie historique pour étudier ces livres de comptes.
Galasso remet en question les préjugés sur l’écriture féminine. Les femmes, bien qu’ayant un accès différent à l’écrit par rapport aux hommes, étaient loin d’en être exclues. Ses recherches montrent qu’il n’existe pas de distinctions matérielles majeures entre les livres de comptes tenus par des hommes et des femmes, même si ces dernières privilégiaient des formats plus petits, adaptés à leur quotidien.
Une redéfinition des rôles de genre
À partir de 1550, l’évolution des modèles pédagogiques et la valorisation du rôle féminin dans la gestion familiale entraînent une augmentation de la comptabilité parmi les femmes. De plus, l’appartenance à des milieux opposés aux Médicis offre souvent un cadre où les femmes prenaient en charge des aspects administratifs des affaires familiales, surtout en l’absence du mari.
Cette étude souligne que les femmes avaient également une participation active à l’écrit, même si le scripteur, celui qui manie souvent la plume, était généralement un homme. Toutefois, la délégation des tâches d’écriture ne signifie pas nécessité d’incompétence de la part des femmes.
Les livres de comptes, souvent incomplets, montrent que même avec une graphie maladroite, les femmes étaient en mesure de gérer des documents complexes, car leur lecture et leur compréhension étaient essentielles pour assumer leurs responsabilités financières.
Récits de soi et transmission des archives
Les comptes de femmes se présentent parfois comme des récits autobiographiques, reflétant leurs vies et leurs rôles au sein de la famille. La recherche de Galasso met en avant des mécanismes de transmission féminins qui viennent enrichir le savoir historique. Les femmes telles que Ginevra Brancacci, qui tenait un registre de ses prières, montrent comment ces documents peuvent également constituer des témoignages spirituels et personnels.
En conclusion, l’étude de Galasso complexifie notre compréhension des rôles de genre à Florence pendant la période médiévale. Les livres de comptes des femmes n’étaient pas seulement des outils financiers, mais également des espaces de création identitaire et de vie sociale, renouvelant ainsi notre perception de leur littératie et de leur impact sur la culture économique de leur temps.