Contamination au cadmium : un enjeu pour l’agriculture durable en France
La contamination des sols agricoles par le cadmium, un métal lourd hautement toxique, constitue un enjeu majeur pour la santé publique et l’environnement en France. Selon un rapport de l’agence sanitaire Anses publié en mars 2025, l’alimentation représente la principale source d’exposition au cadmium dans le pays, et l’agence appelle à des mesures concrètes pour diminuer la présence de ce métal dans les cultures, rapporte TopTribune.
Ce dangereux métal est présent dans de nombreux aliments en raison de la contamination des sols agricoles. D’après Anses, il est essentiel de réduire la teneur en cadmium des engrais minéraux phosphatés et de prendre des mesures pour « réduire durablement la contamination des sols ». Bien que la concentration de cadmium dans les terres soit en partie influencée par la nature des sols, comme ceux présents dans des zones calcaires telles que la Champagne ou la Charente, environ 50 à 70 % du cadmium entrant dans les sols provient toujours des engrais phosphatés, selon Thibault Sterckeman, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).
Cette contamination est particulièrement préoccupante : la quantité de cadmium ajoutée aux sols, entre 0,5 et 1 gramme par hectare et par an, ne représente qu’une infime fraction (0,1 %) du stock total déjà présent dans le sol. La majorité du cadmium dans les sols est ancienne, issue de l’activité industrielle (mines, fonderies) et des engrais phosphatés apportés au XXe siècle. Sterckeman met en avant la nécessité de limiter cette pollution, car si cette contribution des engrais persiste, elle pourrait correspondre à environ 10 % du stock actuel dans un siècle.
Les défis de la dépollution
La dépollution des sols affectés par les métaux lourds, y compris le cadmium, se heurte à des défis majeurs. Rémi Muth, directeur technique de Séché Environnement, spécialisée dans la gestion des déchets, souligne que malgré l’existence de technologies de dépollution, ces dernières ne sont pas adaptées aux sols agricoles en raison de leur complexité et des méthodes invasives qu’elles nécessitent. Ces traitements pourraient réduire la surface cultivable, ce qui n’est pas viable pour les agriculteurs.
Les chercheurs continuent d’explorer des pistes, notamment l’utilisation de plantes pour dépolluer les sols. Toutefois, Thibault Sterckeman note que cette méthode est encore « au stade expérimental ». Une étude de 2013 par l’agence de l’environnement Ademe et l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) a déjà étudié les « phytotechnologies » en soulignant la nécessité d’utiliser des espèces de plantes adaptées, qui peuvent soit accumuler les polluants, soit être résistantes aux conditions polluées.
Vers une agriculture moins polluante
Limiter l’utilisation des engrais de synthèse est une des recommandations de l’Inrae, qui évoque une diminution de 70 % de leur utilisation depuis les années 1980. L’accent est mis sur l’introduction de plantes fixatrices d’azote ou de phosphore, comme les légumineuses, pour améliorer la santé des sols et réduire leur dépendance aux engrais chimiques. Cette transition pourrait non seulement aider à la dépollution mais également favoriser une agriculture plus durable à long terme.
L’Inrae identifie aussi des pistes prometteuses pour le développement de variétés de plantes qui accumulent moins de cadmium. Notamment, pour le blé dur, des chercheurs canadiens ont découvert un gène qui favorise la rétention du cadmium dans les racines, ce qui entraînerait une réduction significative du cadmium dans les graines produites, représentant « 2 à 3 fois moins » que d’autres variétés. Cette avancée pourrait être cruciale pour la sécurité alimentaire et la santé publique en France.
La question de la présence de cadmium dans l’agriculture française nécessite une attention urgente et des actions concertées pour protéger les terres agricoles et assurer la santé des consommateurs. Ces efforts vont de pair avec la nécessité de renforcer la responsabilité des acteurs de l’agriculture et de promouvoir des pratiques durables pour l’avenir.