Des documents confidentiels révèlent l’ampleur des liens
À la veille des élections législatives hongroises prévues ce dimanche, des documents gouvernementaux russes obtenus de manière exclusive mettent en lumière un accord de coopération approfondie entre Budapest et Moscou. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, et son homologue russe de la Santé, Mikhail Murashko, ont signé en décembre dernier un plan stratégique en douze points visant à renforcer les liens économiques, énergétiques et culturels entre les deux pays. Ce texte, qui n’avait jamais été rendu public auparavant, intervient dans un contexte de tensions accrues entre l’Union européenne et la Russie depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.
L’accord, élaboré lors de la 16ème session de la Commission intergouvernementale de coopération économique Russie-Hongrie à Moscou le 9 décembre 2025, couvre des domaines aussi variés que le commerce, l’énergie nucléaire, la santé, l’agriculture et les éducations linguistiques. Les documents stipulent explicitement l’objectif commun d’« inverser la tendance négative du commerce bilatéral » affecté par les sanctions européennes contre Moscou. Cette révélation alimente la campagne électorale où le Premier ministre sortant Viktor Orbán, au pouvoir depuis seize ans, affronte une opposition qui dénonce ces rapprochements comme une « trahison » des intérêts européens.
Domaines de collaboration et réactions politiques
Selon le texte de l’accord, les deux gouvernements prévoient de faciliter l’implantation d’entreprises russes dans des projets énergétiques hongrois, notamment dans les secteurs de l’électricité, de l’hydrogène, du pétrole et du gaz. Le volet nucléaire occupe une place particulière, avec des engagements concernant le combustible atomique. Sur le plan culturel et éducatif, Budapest a accepté d’explorer le renforcement de l’enseignement de la langue russe par l’importation de professeurs venant de Russie, ainsi que la reconnaissance mutuelle des diplômes et le développement de programmes d’échange pour étudiants diplômés.
Les documents évoquent également un plan d’action conjoint pour les sports sur la période 2026-2027, et des programmes d’échange dans divers domaines artistiques. Une clause précise cependant que ce rapprochement ne doit pas être « incompatible avec les obligations de la Hongrie découlant de son appartenance à l’Union européenne ». Interrogé sur ces révélations, le ministre Szijjártó s’est contenté de répondre que « la coopération bilatérale de la Hongrie est guidée par l’intérêt national, et non par la pression de se conformer au mainstream médiatique libéral extrêmement biaisé ».
Contexte électoral et tensions européennes
Cette publication intervient alors que Viktor Orbán traverse la campagne la plus difficile de sa carrière politique. Son parti populiste Fidesz est devancé dans les sondages par le mouvement d’opposition de centre-droit Tisza, dirigé par Péter Magyar. Ce dernier a immédiatement saisi l’occasion pour accuser le gouvernement d’« trahison pure et simple » en raison de ses liens avec le Kremlin. Orbán, quant à lui, présente sa relation avec Moscou comme un atout électoral, affirmant qu’elle garantit l’accès de la Hongrie aux combustibles fossiles russes et évite l’implication dans le conflit ukrainien.
Le Premier ministre hongrois s’est systématiquement opposé aux initiatives européennes visant à durcir les sanctions contre la Russie et à fournir un soutien matériel à l’Ukraine. Des informations rapportées par Bloomberg en octobre 2025 révélaient qu’Orbán avait assuré au président russe Vladimir Poutine qu’il apporterait son aide « de toutes les manières possibles », décrivant la Hongrie comme la « souris » du « lion » russe. La réunion de décembre s’inscrit dans une série de contacts bilatéraux réguliers initiés en 2005, interrompus seulement entre novembre 2021 et septembre 2024 en raison de l’invasion de l’Ukraine.
Les élections législatives de ce dimanche détermineront non seulement l’avenir politique intérieur de la Hongrie, mais aussi son positionnement au sein de l’Union européenne face à la crise ukrainienne. La révélation de ce plan de coopération avec la Russie ajoute une dimension géopolitique cruciale au scrutin, alors que Budapest pourrait être amenée à choisir entre ses alliances traditionnelles et son partenariat oriental.