Les ratodromes parisiens : spectacles sordides et enjeux sanitaires au début du XXe siècle
À Neuilly-sur-Seine, au début du XXe siècle, le ratodrome de Gustave Xhrouet attire un public avide d’un divertissement macabre : des combats entre chiens ratiers et rongeurs. Les visiteurs vivent une expérience viscérale au cœur de l’arène, où l’odeur âcre et les cris des animaux se mêlent. Ce phénomène des ratodromes s’inscrit dans une volonté de dresser les chiens à la chasse aux rongeurs, alors que la ville de Paris fait face à une augmentation de la population de rats devenus préoccupants pour la santé publique, rapporte TopTribune.
Dans ces arènes semi-clandestines, la curiosité humaine et le mysticisme des combats attirent une plèbe avide de sensationnel. Les spectateurs affluent non seulement pour l’adrénaline, mais aussi pour parier sur les résultats de ces affrontements sordides. En septembre 1938, un journaliste du quotidien La Liberté évoque ce phénomène, incitant les lecteurs à s’y rendre par curiosité plus que par plaisir, soulignant le caractère troublant de ces spectacles animaliers.
Le ratodrome de Neuilly, fondé par Gustave Xhrouet en 1907, devient rapidement le lieu de rencontre pour ceux désireux de se débarrasser des rats qui prolifèrent depuis la fin du XIXe siècle. Malgré les efforts de la municipalité, qui propose des primes pour la capture de ces rongeurs, le problème persiste, amenant les habitants à se tourner vers ces arènes pour les dresser à la chasse aux nuisibles.
Une approche controversée dans un contexte de peur.
Les ratodromes s’épanouissent dans une atmosphère parfois proche de celle des combats clandestins. Tout en devant faire face à des critiques concernant la cruauté évidente de ces spectacles, ils continuent d’attirer un public fidèle. D’une part, ils sont vus comme une solution pratique pour diminuer la population de rats ; d’autre part, ils suscitent l’horreur face à la violence des combats, illustrant une tendance sombre et fascinante de la société parisienne de l’époque.
Certains intellectuels et chroniqueurs, comme Lucien Lorin, dénoncent la brutalité du spectacle, faisant écho à une idée que ces affrontements devraient être vus non pas comme un divertissement, mais comme une démonstration de la déchéance morale de leurs spectateurs. Ils affirment que le voyeurisme et la violence qui se manifestent à travers ces événements sont autant de reflets des dérives d’une société en proie à ses propres terreurs, où le rat devient le symbole des inquiétudes face à la salubrité de Paris.
Face à la pression croissante des groupes de protection des animaux, les autorités sanitaires adoptent une position ambiguë. Bien que la cruauté manifeste des ratodromes soit critiquée, des voix en faveur de leur continuation arguent qu’ils contribuent à l’hygiène publique. Gustave Xhrouet, critiqué pour sa pratique, tente de défendre son entreprise en affirmant son rôle bénéfique et nécessaire dans la lutte contre les nuisibles.
La fin d’une époque et l’évolution de l’attitude envers les animaux.
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que les combats d’animaux, tels que ceux organisés dans les ratodromes, commencent à être prohibés par la loi. En 1987, un décret interdit les spectacles impliquant des mauvais traitements infligés aux animaux dans les lieux ouverts au public, mettant ainsi un terme à ces pratiques controversées.
Malgré ces interdictions, la lutte entre l’homme et le rat demeure une réalité parisienne. Aujourd’hui, les autorités estiment que la capitale abrite entre 3 et 4 millions de rongeurs. Un chiffre qui témoigne d’une cohabitation conflictuelle et continue entre les Parisiens et ces animaux longtemps vus comme des nuisibles.