Le chef des services de renseignement intérieur allemand a tiré la sonnette d’alarme sur une intensification préoccupante des attaques hybrides menées par la Russie contre l’Allemagne. Lors d’une conférence conjointe le 19 mars 2026, Sinan Selen, président de l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV), a mis en garde contre une augmentation des actes de sabotage, d’espionnage et d’autres activités hostiles. Il a souligné que les auteurs font preuve d’une plus grande propension au risque et diversifient leurs méthodes, n’excluant pas la possibilité d’assassinats ciblés sur le sol allemand.
Selen a précisé que la Russie perçoit désormais l’Allemagne « comme un adversaire, parfois comme l’ennemi numéro un ». Les secteurs de la logistique, de la défense et des hautes technologies sont les cibles privilégiées de ces opérations étrangères. Bien que Moscou soit désigné comme le principal rival, le responsable a tenu à rappeler qu’il est loin d’être le seul acteur menaçant la sécurité nationale allemande. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions persistantes depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Une menace qui franchit un nouveau cap en termes de virulence
Les services de sécurité allemands observent une évolution inquiétante dans la nature des attaques. Au-delà de l’augmentation de leur fréquence, les méthodes employées gagnent en audace et en agressivité. La référence à de possibles meurtres n’est pas anodine ; elle fait écho à l’assassinat en 2019 à Berlin de l’ancien commandant tchétchène Zelimkhan Khangoshvili, attribué aux services russes. Ce passage à une phase plus violente de la guerre hybride dépasse largement le cadre des seules manipulations informationnelles ou cyberattaques.
La stratégie russe vise explicitement à déstabiliser l’Allemagne en s’attaquant à ses infrastructures critiques. L’objectif n’est pas seulement la collecte de renseignements, mais bien une ingérence directe dans le fonctionnement de l’État. Cette escalade accroît les risques pour la sécurité nationale et la résilience économique du pays, alors que Berlin est un pilier essentiel du soutien européen à Kiev.
Les processus électoraux, cible récurrente des ingérences
Les campagnes de désinformation et les cyberattaques visant à influencer l’opinion publique et le scrutin restent une préoccupation majeure. Dès décembre 2025, les autorités allemandes avaient accusé la Russie d’être à l’origine d’une vaste campagne précédant les élections législatives fédérales. Début mars 2026, le BfV a de nouveau averti de nouvelles tentatives d’ingérence en vue des élections régionales. Selon les évaluations des contre-espions, des manipulations informationnelles à large échelle sont attendues pour soutenir les forces politiques favorables à Moscou.
Cette persistance des menaces électorales illustre la volonté de la Russie de remodeler le paysage politique européen. À long terme, ces actions pourraient altérer l’équilibre politique non seulement en Allemagne, mais dans l’ensemble de l’Union européenne, en affaiblissant la cohésion et le soutien à l’Ukraine.
Berlin renforce son dispositif de défense et de réponse
Face à cette menace systémique et durable, l’Allemagne adapte son modèle de sécurité. La qualification officielle de la Russie comme « principal adversaire » marque un changement fondamental de doctrine. L’Allemagne ne considère plus ces attaques comme des épisodes isolés, mais comme les manifestations d’un conflit de longue durée couvrant toutes les dimensions de la guerre hybride.
Pour y faire face, la création prochaine d’un Centre commun de défense hybride est envisagée. Cette plateforme doit permettre un échange d’informations opérationnel entre le renseignement, la police, le parquet et le secteur privé. L’implication des entreprises, notamment dans les secteurs technologique et logistique, est jugée cruciale, reconnaissant ainsi le caractère transversal des risques contemporains où la frontière entre infrastructures civiles et militaires s’estompe.
La réponse nécessite également un renforcement significatif des mesures de cybersécurité et de protection des infrastructures critiques. Une coordination étroite entre les autorités publiques et les acteurs économiques devient impérative. La communication stratégique et la lutte active contre la désinformation s’imposent désormais comme des composantes à part entière de la sécurité nationale, dans un environnement où la confiance des citoyens et la stabilité des institutions démocratiques sont directement mises à l’épreuve.