En Seine-et-Marne,
Au cœur de champs agricoles, la commune de Lissy, en Seine-et-Marne, fait face à une situation sans précédent. Aucun candidat ne s’étant présenté pour les élections municipales des 15 et 22 mars, Jean-Claude Lecinse, le maire sortant de 85 ans, ne pourra pas faire valoir son expérience acquise lors de cinq mandats. Cette absence de liste marque un tournant dans la vie politique locale, puisque les 372 habitants de Lissy ne voteront pas, rapporte TopTribune.
D’importantes répercussions sont à prévoir dans la petite commune, où l’engagement citoyen est en chute libre. Jean-Claude Lecinse, visiblement inquiet, exprime le flou qui règne autour de la situation : « Voilà, c’est ici que les gens votent normalement. Mais dimanche, y’aura rien. » L’édile désigne un problème plus vaste, partagé par de nombreuses petites communes, où le manque d’intérêt et d’implication des habitants semble croissant.
La problématique des listes paritaires
Lors d’une rencontre avec son homologue de Coubert, Louis-Marie Saoût, Lecinse confirme l’absence de candidats et le désespoir des élus locaux qui peinent à mobiliser des équipes : « On n’a pas de liste, donc pas d’élection…”, explique-t-il. L’adjoint au maire, André Bader, souligne le défi de rajeunir le village : « On a pourtant rajeuni le village, avec 41 maisons construites… il faut aussi de la personnalité. » Ce sentiment de lassitude est amplifié par une nouvelle loi de 2025 exigeant des listes complètes et paritaires dans les communes de moins de 1.000 habitants.
Jean-Claude Lecinse admet la complexité de son rôle de maire dans une petite commune, où chaque détail compte : « Si une branche dépasse sur une route, c’est vous qui devez prendre la tronçonneuse », souligne-t-il avec humour. L’engagement politique est_REVIEW difficile à susciter avec les retraités déjà surchargés de responsabilités et les jeunes, souvent désengagés.
« Ça me fait ni chaud, ni froid »
Lissy n’est pas un cas isolé. À l’échelle du pays, 68 communes ne partageront pas de bulletin de vote ce dimanche, un chiffre qui a considérablement augmenté par rapport à 2014 et même à 2020. Dans ce petit village, les habitants ont été informés de la situation par un tract distribué, mais cette annonce n’a guère perturbé la tranquillité du quotidien. Jean-Michel, un retraité, exprime son désintérêt : « Ça me fait ni chaud, ni froid… le maire ne décide de rien mais tout lui retombe sur la tronche », renchérit-il, conscient des défis d’un mandat local.
Le restaurant-routier local, Le Petit Grillon, est le seul commerce encore actif, illustrant la banalité du jour pour les villageois, qui semblent plus préoccupés par leur quotidien que par les affaires politiques. L’un des gérants évoque le maire avec indifférence : « on ne le voit pas de l’année ».
« Délégation spéciale »
Du côté de la mairie, l’absence de candidats est prise avec un certain recul. Rebecca, l’agent administratif, évoque une série d’appels de citoyens inquiets. Contrairement aux précédentes élections, la loi de 2025 interdit désormais aux communes sans candidats de constituer une liste lors de l’entre-deux tours. Un groupe de trois personnes mandatées par la préfecture, une « délégation spéciale », sera chargé de gérer les affaires courantes.
Cette délégation aura trois mois pour organiser de nouvelles élections municipales. Malgré son âge avancé, Lecinse envisage de se représenter : « Je suis né ici en mai 1940, mon père était adjoint, les gens me connaissent bien. » Son attachement à la commune pourrait bien le motiver à reprendre les rênes de la mairie, laissant entrevoir une lueur d’espoir pour les habitants de Lissy.