De notre envoyé spécial à Béziers,
Robert Ménard, maire de Béziers depuis 2014, se prépare pour les élections de 2026, où il vise un troisième mandat consécutif. Cette fois, il se retrouve face à un candidat du Rassemblement national, Julien Gabarron, ce qui marque un tournant dans son parcours. Alors que lors des élections de 2014 et 2020, le Rassemblement national figurait sur sa liste, cette rupture semble avoir peu d’impact sur son soutien local. Selon les dernières estimations, Ménard obtiendrait 61 % des voix dès le premier tour, tandis que Gabarron ne toucherait que 10 %, rapporte TopTribune.
Cela signifierait une domination écrasante de l’extrême droite à Béziers, représentant 71 % des suffrages. Ménard évoque une « gauche écartée et quasiment éradiquée dans la région ». À l’exception de Montpellier, dernier bastion socialiste, les grandes villes du Languedoc-Roussillon, comme Narbonne et Nîmes, sont sous contrôle de la droite ou de l’extrême droite. Ménard décrit une division entre les « grandes villes, où LFI et la gauche réussissent à exister », et « une autre France, souvent oubliée, qui défend ses traditions ».
« Appelez-le comme vous voulez, c’est un bon maire »
Laurent, citoyen au chômage, exprime son soutien pour Ménard : « Rien ne vaut un bon Picon pour défaire les idées reçues. On vote Ménard pour ce qu’il fait sur la ville, pas pour son étiquette politique. » La rénovation du centre-ville est souvent citée comme un succès par ses défenseurs, même par l’opposition. Ménard, connu pour ses projets ambitieux, veut construire un Béziers inspiré de l’Antiquité.
Kévin, maçon, partage son point de vue sur l’image de la ville : « Je pense que Ménard nous fait plus rayonner que de tort. Les touristes viennent pour la mer, pas pour nos bulletins de vote. »
Face à une extrême droite massive, la gauche désunie
Pour contrer cette domination phénoménale de l’extrême droite, la droite traditionnelle a décidé de ne pas présenter de candidat. La gauche tente une union sacrée avec huit partis différents réunis sur une même liste. Thierry Antoine, leader de ce Printemps de Béziers, souligne l’importance de cet effort collectif, bien que les discussions aient parfois été tendues.
La gauche, incluant des représentants divers, peine à s’imposer face au populisme croissant et se retrouve avec seulement 20 % des votes selon les sondages. Antoine souligne que le populisme et le discours clivant de Ménard prennent de l’ampleur dans cette ville. Les divisions internes à la gauche ont également entravé leur capacité à réaliser cela.
« La gauche a des discours à mille lieues des réalités »
Cependant, malgré les faibles résultats, chaque liste espère que les dissensions au sein de l’extrême droite créeront une opportunité. Magali Crozier, candidate insoumise, exprime l’espoir que les deux listes de droite rivalisent suffisamment pour permettre leur émergence. Ménard, de son côté, reste confiant en la capacité de ses projets à séduire la population, affirmant que les initiatives controversées, comme une crèche jugée attentatoire à la laïcité, ont attiré une large affluence.
« C’est à Robert Ménard de se positionner face au RN »
La présence du candidat RN, Julien Gabarron, à quelques pas du siège de la gauche symbolise la lutte âpre pour le contrôle politique de Béziers. Gabarron estime que Ménard doit désormais se positionner face à son propre parti, soulignant que le RN est devenu le point de référence politique dans la ville. La pression semble forte sur Ménard, décrit par certains comme le maire le plus difficile à battre du pays.
Dans ce climat tendu, les réflexions de citoyens comme Laurent démontrent une prise de conscience des enjeux locaux : « Oh, ne nous en voulez pas trop les Parisiens. A Béziers, on ne peut pas avoir et les montagnes, et la mer, et la gauche. Ça ferait trop de beauté d’un coup. »