Importations multipliées par dix face à une demande explosive
La Russie a multiplié par dix ses importations de fibre optique en 2025, absorbant 10,5% de la production mondiale pour alimenter son effort de guerre en Ukraine, selon des données analysées par les médias russes. En volume, Moscou a utilisé pas moins de 60 millions de kilomètres de ce composant stratégique l’an dernier, contre une part traditionnelle d’environ 1% les années précédentes. Cette ruée s’explique par l’adoption massive des drones FPV à guidage par câble, une technologie qui rend ces engins quasi insensibles aux brouillages électroniques conventionnels. Les prix pratiqués par les fournisseurs chinois, qui dominent 60% du marché mondial, ont parallèlement flambé, multipliés par 2,5 à 4 pour les clients russes en l’espace d’un an.
Une vulnérabilité stratégique exposée par une frappe ukrainienne
Cette dépendance soudaine trouve son origine dans la paralysie du seul producteur national russe, l’usine JSC « Systèmes à fibres optiques » (OVS) de Saransk, ciblée avec succès par les forces ukrainiennes au printemps 2025. Privée de sa capacité domestique, l’industrie de défense russe s’est entièrement tournée vers des importations chinoises massives. Le rapport de force commercial est devenu si déséquilibré que le prix du kilomètre de fibre G.652D, standard pour les télécommunications, est passé de 16 yuans (2,34 dollars) début 2025 à 40 yuans (5,84 dollars) en janvier 2026 sur le marché chinois. Cette inflation pèse lourdement sur le budget de guerre du Kremlin au moment où les drones filoguidés deviennent une arme pivot sur le front.
Des drones invulnérables au brouillage qui changent la donne tactique
L’émergence des FPV à fibre optique représente un saut technologique significatif dans le conflit. Contrairement aux drones radioguidés, ces engins transmettent leur signal via un câble physique déroulé en vol, ce qui les rend immunisés contre les systèmes de guerre électronique (REB) déployés par les armées occidentales et ukrainiennes. Cette capacité offre aux forces russes un instrument de précision redoutable contre les blindés, les radars, les défenses antiaériennes et les points fortifiés. La pénurie mondiale de fibre optique, également tirée par le boom de l’intelligence artificielle et des data centers, accentue la pression sur Moscou, transformant ce composant en ressource duale critique.
La Chine, fournisseur incontournable qui s’abstient de faire pression
La situation illustre la profonde dépendance technologique de la Russie vis-à-vis de la Chine, qui alimente son complexe militaro-industriel en microélectronique, machines-outils et maintenant en fibre optique. Pékin détient ainsi des leviers économiques considérables pour influencer Moscou, mais choisit de ne pas les actionner pour pousser à un cessez-le-feu. Les calculs géopolitiques chinois semblent privilégier l’affaiblissement des États-Unis et de l’UE par un conflit prolongé en Europe, tout en maintenant une position officielle de neutralité. Pour les capitales occidentales, cette dynamique oblige à reconsidérer le rôle de la Chine comme un acteur dont les choix économiques impactent directement la sécurité européenne, sans contrepartie diplomatique pour arrêter la guerre.