Confrontations à Lyon : la rivalité entre extrêmes s’intensifie
A Lyon, la guerre des extrêmes a franchi un cap. Quentin Deranque, militant nationaliste de 23 ans, a été roué de coups, jeudi 12 février, en marge d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po. Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis. Souffrant d’un grave traumatisme crânien, le jeune homme est décédé samedi 14 février. Quelques jours plus tard, sept suspects liés à la mouvance d’ultragauche ont été mis en examen pour « homicide volontaire » ou « complicité », rapporte TopTribune.
Pour rendre hommage à Quentin Deranque, environ 1 000 militants d’ultradroite et 1 500 d’ultragauche sont attendus pour une marche à Lyon, samedi 21 février, selon une source policière. Le militant, qui a été membre du mouvement royaliste Action Française, était également sympathisant du groupe nationaliste-révolutionnaire Audace.
Les tensions entre ultradroite et ultragauche à Lyon ne sont pas nouvelles. Ces deux mouvances se sont affrontées à plusieurs reprises, et les rixes éclatent régulièrement, notamment lors de manifestations anti-pass sanitaire en 2021. Si Lyon possède une tradition politique plutôt modérée, elle a également vu apparaître divers courants d’ultradroite, devenant un terreau fertile pour ces groupes.
Actuellement, les militants d’ultradroite sont évalués entre 400 et 500 personnes. Parmi eux, certains groupes comme Génération identitaire se sont particulièrement illustrés par leurs actions, organisant des patrouilles anti-migrants dans les Alpes en 2018. De leur côté, les mouvements d’ultragauche, bien que moins implantés à Lyon qu’à Paris, ont formé des groupes tels que le Groupe antifasciste Lyon et environs en 2013 pour contrer cette montée de l’ultradroite.
Les récents événements ont également mis en évidence la montée en puissance de la violence. Un rapport parlementaire de 2023 soulignait la nature nourrissante de la violence entre les deux camps. En novembre dernier, un groupe d’ultradroite avait attaqué un local où se tenait une conférence sur Gaza, faisant six blessés. Suite à ces violences, des procédures de dissolution de groupuscules d’ultradroite ont été lancées.
Certains groupes d’ultragauche ont également subi le même sort, comme la « Gale » devenue inactive en 2023. Malgré tout, les militants d’ultragauche, évalués à près de 800, restent très visibles dans des manifestations sociales. Les dissolutions n’ont pas réussi à faire disparaître les militants mais ont plutôt entraîné une reconfiguration de ces groupes, unifiant leurs efforts contre ce qu’ils perçoivent comme une réalité commune, le « Grand remplacement ».
La préfecture du Rhône a confirmé l’autorisation de la marche prévue en hommage à Quentin Deranque, soulignant le déploiement d’un important dispositif de sécurité pour maintenir l’ordre public lors de cet événement, dans le but de trouver un équilibre entre la liberté d’expression et la prévention des débordements.