La pression s’intensifie autour de La France insoumise. Le mouvement dirigé par Jean-Luc Mélenchon est confronté à une tempête à la suite du décès de Quentin Deranque à Lyon et de l’interpellation, mardi, de onze personnes, dont trois proches du député LFI Raphaël Arnault. Sébastien Lecornu a exhorté les insoumis à « faire le ménage » dans leurs « idées » et leurs « rangs », soulevant des inquiétudes concernant leur proximité avec la Jeune Garde, rapporte TopTribune.
Jean-Luc Mélenchon a réagi en dénonçant les déclarations du Premier ministre, qualifiant celui-ci d’« avoir pété un câble » tout en maintenant son soutien à un mouvement « antifasciste », dissous en juin. Au cœur de ce débat se trouve la notion d’« autodéfense », défendue par la Jeune Garde et les insoumis.
C’est quoi « l’autodéfense » ?
Depuis sa création à Lyon en 2018, la Jeune Garde prône « l’autodéfense populaire » face à la violence des groupes d’extrême droite historiques de la région. Dans un portrait publié par L’Express peu après son élection à l’Assemblée nationale en 2024, Raphaël Arnault a expliqué que l’idée de fonder la Jeune Garde est née après avoir été attaqués par des militants d’extrême droite lors d’une manifestation en 2016. « C’est à ce moment-là que nous avons compris qu’il fallait nous organiser », a-t-il déclaré.
L’ancien porte-parole de la Jeune Garde défend l’usage de la violence comme un moyen légitime d’agir contre l’extrême droite, publiant à plusieurs reprises des photos d’entraînements au combat sur les réseaux sociaux.
Une centaine de membres au moment de sa dissolution
Raphaël Arnault justifie le recours à la violence comme une réponse nécessaire à la menace que représentent les groupes d’extrême droite. Avant sa dissolution, la Jeune Garde comptait environ une centaine de membres, selon les autorités, et a renforcé sa visibilité lors des mobilisations contre la réforme des retraites en 2023, multipliant les actions de terrain. Il a même facilité l’organisation de manifestations féministes et de la Gay Pride dans des quartiers sensibles de Lyon, affirmant que leur présence a permis de « réimposer ces manifestations ». Arnault n’a pas hésité à participer personnellement aux opérations d’« autodéfense », admettant son engagement physique.
Condamnations judiciaires
Cependant, les activités de la Jeune Garde soulèvent des doutes quant à leur caractère défensif. Le décret de dissolution, émis par l’ancien Premier ministre Bruno Retailleau en juin 2025, souligne l’implication régulière de ses membres dans des actions violentes. Le ministère de l’Intérieur a mentionné plusieurs incidents d’agression. Par exemple, en juin 2024, plusieurs membres ont été mis en examen pour avoir agressé un adolescent dans le métro parisien, avec des accusations contestées par la Jeune Garde, qui a fait appel de sa dissolution.
Raphaël Arnault, inscrit au fichier S pour radicalisation, a été condamné en mars 2025 pour « violences volontaires en réunion ». Cette semaine, Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a justifié les actions d’Arnault en affirmant qu’il avait « fait le travail de la police » lors d’une mobilisation LGBT à Lyon en 2011. Cependant, des documents judiciaires révèlent que cette agression concernait un individu isolé.
Les insoumis défendent « l’autodéfense »
Malgré le décès de Quentin Deranque et l’arrestation de proches de Raphaël Arnault, le soutien des insoumis envers la Jeune Garde demeure intact. Jean-Luc Mélenchon a reconnu leur expérience en matière de défense face aux agressions fascistes, tout en soulignant des « divergences » dans leurs méthodes d’action. Sa déclaration met en lumière un soutien critique aux groupes promouvant l’« autodéfense populaire », tout en condamnant la violence excessive de certaines actions.
Malgré les critiques reçues, y compris de la part de certains dirigeants de gauche, La France insoumise continue de soutenir Arnault, rejetant toute idée de suspension au sein du groupe parlementaire. Des membres insoumis affirment que « l’autodéfense fait partie de l’histoire de la gauche », argument accentuant une méfiance persistante envers les institutions établies.