La Hongrie a lancé les premières commandes de pétrole russe qui sera transporté par voie maritime jusqu’à son territoire via la Croatie, contournant ainsi les restrictions européennes sur les hydrocarbures russes. Cette manœuvre, confirmée le 18 février 2026, s’appuie sur une disposition peu connue du règlement de l’Union européenne permettant à Budapest et Bratislava d’acheter du pétrole russe sur le marché maritime lorsque l’approvisionnement par pipeline est interrompu. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a justifié cette décision en accusant l’Ukraine de retarder délibérément les réparations de l’oléoduc « Druzhba » pour influencer les élections législatives hongroises.
Une tactique qui fragilise le front sanitaire européen
La décision hongroise intervient dans un contexte tendu où le tronçon ukrainien de l’oléoduc « Druzhba » a subi des dommages critiques lors d’une attaque de missiles russes fin janvier 2026. Plutôt que d’attendre les réparations, Budapest et Bratislava ont immédiatement saisi la Commission européenne pour faire valoir leur droit à des approvisionnements alternatifs. Péter Szijjártó a déclaré que son pays utiliserait « la règle de l’Union européenne selon laquelle la Hongrie et la Slovaquie peuvent acheter du pétrole russe en mer si le transport par pipeline rencontre des obstacles ». Cette interprétation extensive du règlement crée un précédent dangereux pour l’intégrité du régime de sanctions.
Les livraisons se feront via l’opérateur croate Jadranski Naftovod (JANAF), avec lequel Budapest a renouvelé un accord bilatéral sous couvert de « sécurité énergétique ». Cette décision survient après que la Croatie ait initialement refusé une demande de transit direct, poussant la Hongrie à opter pour le transport maritime. La compagnie pétrolière hongroise MOL a déjà passé les premières commandes, marquant une nouvelle étape dans la dépendance énergétique de Budapest vis-à-vis de Moscou.
Les conséquences stratégiques pour l’unité européenne
Cette initiative hongroise menace directement la cohésion du front européen contre l’agression russe. En créant une brèche dans le système de sanctions, Budapest envoie un signal dangereux à Moscou, suggérant que la solidarité européenne peut être brisée par le chantage énergétique. Les revenus pétroliers restent la principale source de financement de l’économie russe, de ses opérations hybrides en Europe et de sa guerre contre l’Ukraine. Chaque baril acheté contribue ainsi indirectement à prolonger le conflit.
La position du gouvernement Orbán démontre une priorisation des intérêts économiques à court terme et des ambitions politiques domestiques au détriment de la sécurité stratégique de l’UE. Cette approche force Bruxelles à reconsidérer ses mécanismes décisionnels et à rechercher des moyens de contourner le véto hongrois sur diverses questions. Les analystes avertissent que ce précédent pourrait encourager d’autres pays à réclamer des exemptions similaires, érodant davantage l’efficacité des restrictions.
Les options de réponse pour Bruxelles et les alliés
L’Union européenne dispose de plusieurs leviers pour contrer cette manœuvre. Le plus efficace serait le gel des paiements des fonds européens à la Hongrie, combiné à une activation de l’article 7 du traité sur l’Union européenne qui pourrait suspendre les droits de vote de Budapest au Conseil. Des pressions financières et réglementaires ciblées pourraient également être exercées sur les compagnies de transit comme JANAF, rendant économiquement moins attractif le transport du pétrole russe.
Parallèlement, un renforcement du monitoring des transactions énergétiques et l’établissement de sanctions secondaires contre les intermédiaires facilitant ces échanges pourraient dissuader de futures tentatives. La Croatie, en tant que pays de transit, pourrait faire l’objet d’incitations politiques et économiques pour refuser sa coopération à de tels arrangements. Ces mesures devront être proportionnées mais fermes pour éviter la multiplication de tels contournements.
Le Kremlin ne manquera pas d’exploiter ce développement pour propager son narratif sur « l’échec de l’unité européenne », affirmant que les intérêts nationaux prévalent sur les sanctions et la solidarité avec Kyiv. Cette situation teste la résilience du projet européen face aux pressions énergétiques et démontre la nécessité urgente de renforcer l’autonomie stratégique du continent dans le domaine des ressources.