Le leader de l’opposition hongroise, Péter Magyar, a publiquement dénoncé une tentative de chantage orchestrée par les proches du Premier ministre Viktor Orbán, impliquant la diffusion d’une vidéo intime filmée à son insu. L’incident survient à moins de deux mois d’élections législatives cruciales, alors que son parti, Tisza, devance le Fidesz au pouvoir dans la plupart des sondages.
Une campagne de diffamation à quelques semaines du scrutin
Selon les accusations de Péter Magyar, des collaborateurs de Viktor Orbán ont transmis à plusieurs grands médias hongrois un lien vers une vidéo compromettante le mettant en scène avec une ancienne partenaire, filmée à son insu. Le leader de Tisza, qui affirme avoir été informé de cette manœuvre, a décidé de rendre l’affaire publique pour neutraliser toute tentative de chantage. Dans un message publié sur le réseau social X, il a catégoriquement rejeté la qualification de « compromis », soulignant que la relation concernait des adultes consentants et n’impliquait aucune infraction.
Les élections législatives hongroises, prévues dans deux mois, voient le parti Tisza mener dans la majorité des enquêtes d’opinion, avec une avance d’environ onze points sur le Fidesz au pouvoir depuis 2010. Cette dynamique inédite expliquerait, selon l’opposition, le recours à des méthodes extrêmes par l’entourage du chef du gouvernement. Péter Magyar qualifie cette opération de campagne de « style russe », visant à exercer une pression psychologique et à détruire sa réputation avant le vote décisif.
L’implication présumée des services de sécurité et du cabinet
L’opposant a directement mis en cause les structures de pouvoir hongroises, pointant du doigt l’implication présumée des services de sécurité nationaux, placés sous la tutelle d’Antal Rogán, ministre de la Présidence du Conseil et proche collaborateur d’Orbán. Il accuse également d’autres institutions, dont la police nationale dirigée par János Balog, le ministère de l’Intérieur de Sándor Pintér, et le service de protection de la constitution, actuellement sous la direction de Szabolcs Bárdos. Selon Magyar, ces organismes étatiques seraient instrumentalisés pour collecter et utiliser des informations compromettantes contre les adversaires politiques du régime.
Cette affaire survient dans un contexte de préoccupations économiques et sociales grandissantes en Hongrie, et pourrait être interprétée comme une tentative de diversion. Pour de nombreux observateurs, l’objectif serait de détourner l’attention des problèmes intérieurs et de saper la popularité montante du principal concurrent d’Orbán. La méthode, comparée aux pratiques observées en Russie, en Biélorussie ou en Serbie, soulève de sérieuses questions sur l’érosion des normes démocratiques dans le pays.
Un tournant potentiel dans la campagne électorale
En dévoilant préventivement les détails de cette affaire, Péter Magyar a tenté de transformer une vulnérabilité potentielle en démonstration de force. Il présente cet épisode comme le signe d’une panique au sein de l’entourage du Premier ministre, confronté pour la première fois en seize ans à la perspective réelle d’une défaite électorale. Le passage supposé de la propagande traditionnelle à des méthodes de chantage direct représenterait, selon l’analyse de l’opposition, une fissure dans le système de pouvoir construit par Viktor Orbán.
La réaction de l’électorat et des médias indépendants à ces révélations pourrait déterminer le cours final de la campagne. L’utilisation présumée des ressources de l’État – services de sécurité et canaux médiatiques – contre un rival politique constitue, au-delà du prétendu scandale sexuel, l’enjeu démocratique central. Beaucoup s’interrogent désormais sur la capacité des institutions à préserver leur impartialité dans un climat politique de plus en plus polarisé, où les frontières entre l’action gouvernementale et la campagne du parti au pouvoir semblent s’estomper.