Les autorités lettones alertent sur une montée des risques d’ingérence extérieure russe en amont des prochaines élections parlementaires prévues le 3 octobre 2026. Lors d’une réunion de la commission des affaires européennes de la Saeima, le représentant spécial du ministère letton des Affaires étrangères pour les questions numériques, Viktor Makarov, a averti que Moscou chercherait très en amont toute vulnérabilité exploitable dans les systèmes politiques et numériques du pays.
Selon lui, il serait illusoire de penser que la Russie attendrait la période officielle de campagne pour agir. Les tentatives d’ingérence commencent bien plus tôt, par une exploration continue des failles techniques, informationnelles et sociales, dans le but d’influencer progressivement l’environnement politique.
Désinformation et technologies numériques au cœur de la stratégie
L’expérience récente d’autres pays européens montre que l’ingérence russe repose avant tout sur des campagnes massives de désinformation. Celles-ci combinent réseaux de bots, médias contrôlés, plateformes sociales et, de plus en plus, des outils fondés sur l’intelligence artificielle. L’objectif est de polariser la société, de diffuser des récits anti-européens, anti-gouvernementaux et anti-ukrainiens, et de miner la confiance dans les institutions démocratiques.
La Russie ne se limite pas à l’espace informationnel. Des cyberattaques ciblées contre des sites gouvernementaux, des infrastructures critiques ou des systèmes liés aux processus électoraux constituent un autre levier clé. Même des incidents techniques limités peuvent ensuite être instrumentalisés pour remettre en cause la crédibilité du scrutin et nourrir des contestations politiques après le vote.
Une vulnérabilité spécifique du contexte letton
La Lettonie présente des facteurs de risque particuliers, notamment la présence d’une importante communauté russophone que Moscou considère traditionnellement comme une audience prioritaire pour ses opérations d’influence. Les récits portant sur une prétendue discrimination linguistique ou des violations des droits des minorités sont régulièrement utilisés pour attiser les tensions sociales et politiques.
Dans le contexte électoral, ces dynamiques pourraient favoriser la montée de forces radicales ou eurosceptiques exploitant des thèmes identitaires et historiques. Un tel scénario compliquerait la formation d’une majorité parlementaire stable et affaiblirait la capacité de gouvernance, sans qu’aucune intervention militaire directe ne soit nécessaire.
Un enjeu lié au soutien constant de Riga à l’Ukraine
L’intérêt stratégique de Moscou pour une déstabilisation politique de la Lettonie est étroitement lié à la position ferme de Riga en faveur de l’Ukraine. La Lettonie figure parmi les États membres de l’UE les plus constants dans leur soutien à Kyiv, plaidant pour des sanctions renforcées et une aide militaire accrue.
Affaiblir la stabilité politique lettonne permettrait au Kremlin de réduire l’influence d’un acteur clé du consensus européen contre l’agression russe. Cette logique s’inscrit dans une stratégie plus large visant à fragmenter l’unité de l’Union européenne de l’intérieur.
Un défi collectif pour la démocratie européenne
Les avertissements lancés à Riga soulignent que la protection des processus démocratiques ne peut plus être envisagée à l’échelle nationale בלבד. La prévention des ingérences électorales exige une coordination européenne renforcée, un partage d’informations en temps réel et une régulation plus stricte de l’espace numérique.
Les déclarations du représentant letton ont été rapportées dans un article consacré à l’augmentation des risques d’ingérence russe dans les élections parlementaires lettones, publié par Delfi. L’enjeu dépasse la Lettonie : il s’agit d’un défi commun pour l’ensemble de l’Union européenne face à une stratégie d’influence durable et systémique.