Les protestations en Iran : vers une nouvelle mobilisation populaire face à une crise économique profonde

Les protestations en Iran : vers une nouvelle mobilisation populaire face à une crise économique profonde

13.01.2026 12:17
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La situation en Iran continue de se détériorer, avec des manifestations éclatant à travers le pays suite à la grève des commerçants du Grand Bazar de Téhéran, qui ont refusé d’ouvrir leurs magasins en raison de l’inflation galopante, de la chute rapide de la valeur de la monnaie et des conditions économiques désastreuses. Ce mouvement est un indicateur majeur du désespoir économique et du mécontentement politique au sein d’un pays déjà fragile, rapporte TopTribune.

Les manifestations ont rapidement gagné toutes les provinces, des villes reculées affectées par le chômage aux grandes métropoles comme Téhéran. Les autorités iraniennes, dans un effort pour réprimer ces soulèvements, ont bloqué l’accès à Internet, procédé à des milliers d’arrestations et ont été responsables de centaines de morts parmi les manifestants. Dans ce contexte, le président Donald Trump envisage des frappes militaires contre l’Iran, renforçant les craintes d’une escalade du conflit.

La catastrophe économique en Iran trouve son origine dans huit années de politiques américaines, incluant des sanctions économiques, des opérations clandestines, des cyberattaques et des frappes militaires. Ces mesures, bien que destinées à affaiblir le gouvernement iranien, ont gravement affecté la sécurité économique des Iraniens ordinaires. Paradoxalement, les élites iraniennes, en particulier celles liées aux Gardiens de la révolution, ont prospéré grâce à des opérations d’évasion des sanctions.

La chute brutale du rial iranien, qui a perdu environ 90 % de sa valeur par rapport au dollar au cours de l’année passée, a été exacerbée par les frappes militaires américaines et israéliennes sur l’Iran durant l’été dernier. Cette situation a anéanti toute perspective de reprise économique. Les sanctions renouvelées ont gravement limité les revenus pétroliers de l’État, crucial pour son budget, tandis que le gouvernement a échoué à mettre en place des politiques économiques viables pour faire face à la crise. Cela a créé une tempête parfaite : des prix en forte hausse, une fuite des devises et une anxiété économique généralisée.

Une lutte à deux vitesses en Iran

Les publications sur les réseaux sociaux et les reportages dans les médias traditionnels révèlent l’idée que la République islamique est au bord de l’effondrement, confrontée à une grave crise économique et à une révolte massive alimentée par la répression. La question demeure : les conditions structurelles actuelles en Iran sont-elles comparables à celles qui ont conduit à la chute du Shah en 1979 ?

La révolution de 1979 n’a pas réussi simplement parce que les Iraniens étaient en colère ; elle a triomphé parce que trois centres de pouvoir essentiels se sont alignés : le peuple, le clergé et les commerçants du bazar se sont unis contre la monarchie. Cette coalition a été construite grâce à des années d’organisation, à travers des réseaux de mosquées, des syndicats, et le levier économique du bazar. Lorsque ces institutions agissent ensemble, la monarchie tombe.

Le paysage politique contemporain en Iran est fondamentalement différent. Les institutions de pouvoir, que ce soit la monarchie, le clergé, l’armée, le bazar ou la société civile, sont configurées de manière à compliquer la possibilité d’une révolution de style 1979. Alors que la monarchie, par l’intermédiaire du prince héritier exilé Reza Pahlavi, tente de faire un retour, elle ne bénéficie que d’un soutien minimal à l’intérieur du pays. Pahlavi, en revanche, est perçu comme un atout en déclin, et ses efforts pour retrouver le trône sont souvent décrits comme fabriqués par des campagnes de désinformation orchestrées de l’extérieur.

Le clergé iranien, loin d’être monolithique, est divisé en factions qui ont des visions fondamentalement différentes de l’avenir du pays. Certains prônent des réformes politiques et plus de libertés sociales, tandis que d’autres exigent des répressions plus sévères contre la dissidence. Cette fragmentation interne complique le tableau : il n’existe pas un seul « régime islamique » à renverser, mais plusieurs centres de pouvoir qui pourraient céder sous la pression ou, au contraire, se reconsolider de manière inattendue.

Plus critique encore est l’attitude de l’armée iranienne. Actuellement, aucune preuve ne laisse penser que l’armée pourrait faire défaut. En 1979, des défections clés dans l’armée ont facilité la chute de la monarchie. Aujourd’hui, la force de sécurité, avec les Gardiens de la révolution, non seulement réprime les manifestations, mais maintient également un pouvoir politique et économique essentiel à la survie de la République islamique.

Une résistance déterminée

Beaucoup d’activistes de la société civile et de prisonniers politiques en Iran comprennent ces dynamiques de pouvoir. Ils savent qu’une guerre entraînerait une répression accrue. Leur attention se concentre donc sur la construction de mouvements durables et sur une résistance quotidienne. Les manifestations de « Femmes, Vie, Liberté » de 2022 illustrent cet engagement. Grâce à des années d’organisations et à une désobéissance civile persistante, ce mouvement a obtenu l’abandon de l’application obligatoire du hijab dans de nombreuses régions du pays, marquant une révolution socioculturelle significative.

La révolution exige l’alignement d’institutions capables de remettre en question l’autorité de l’État, et cet alignement n’existe pas encore en Iran. La République islamique et ses adversaires étrangers, principalement les États-Unis et Israël, ont consacré des décennies à empêcher qu’une résistance organisée émerge, en utilisant l’infiltration, la détention arbitraire, et la désinformation.

Les Iraniens méritent d’avoir leurs griefs entendus sans qu’ils soient instrumentalisés pour des avantages géopolitiques. Une véritable solidarité nécessite de faire la distinction entre espoir et analyse, de rester vigilant face à la désinformation, et d’accepter que la transformation sera plus lente et plus complexe que prévu. L’histoire montre qu’en l’absence d’une organisation robuste, les cycles de protestation se répètent sans résultat ou, pire, créent des ouvertures pour l’intervention ou des alternatives autoritaires.

Le monde observe l’Iran. La question est de savoir si cela se fait avec discernement.

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