Suite à la décision du Conseil d’État permettant l’utilisation de l’écriture inclusive dans l’espace public, l’Académie française a émis un communiqué officiel exprimant ses préoccupations. Cette déclaration met en lumière les frictions existantes entre les institutions concernant l’évolution des règles linguistiques, rapporte TopTribune.
Écriture inclusive : l’avertissement de l’Académie française
La controverse autour de l’écriture inclusive s’amplifie alors qu’elle s’éloigne des cercles académiques pour s’intégrer plus largement dans l’espace public. La décision du 31 décembre dernier du Conseil d’État qui autorise l’usage de formes inclusives sur des plaques funéraires à Paris représente une avancée notable. Cela a également suscité une réaction officielle inhabituelle de l’Académie française, révélant une fracture institutionnelle concernant la régulation de la langue.
Dans un communiqué officiel, l’Académie a fait part de ses réserves sur ce qu’elle considère comme une remise en question des principes fondamentaux de la langue française écrite. Bien qu’elle n’attaque pas l’autorité de la justice, elle met en garde contre les répercussions à long terme d’une validation progressive de pratiques qu’elle estime nuisibles à la clarté et à la constance de la langue.
Une décision juridique aux répercussions politiques
Sur le plan juridique, la position du Conseil d’État est explicite : l’utilisation du point médian n’équivaut pas à l’emploi d’une langue étrangère, et ne viole donc pas les règles imposées concernant l’usage du français dans l’espace public. Cette interprétation repose sur une perspective pragmatique de la loi, focalisée sur les textes plutôt que sur leur impact symbolique.
Pourtant, cette neutralité ne répond pas entièrement à la problématique. En approuvant ces inscriptions, la haute cour admet tacitement que des changements graphiques encore instables peuvent être introduits sur des supports officiels. Des critiques soulignent que cette logique juridique néglige un aspect crucial : la fonction normative de l’espace public, où la langue va au-delà de l’information pour participer à la transmission de repères culturels.
L’Académie française face aux évolutions contemporaines
La réponse de l’Académie française va au-delà d’un simple désaccord temporaire. Elle reflète une inquiétude plus profonde sur le rôle des institutions culturelles dans l’établissement des normes actuelles. Depuis plusieurs années, l’Académie rejette l’écriture inclusive, la considérant comme une construction peu naturelle, difficile à lire et éventuellement discriminatoire pour certains publics, en particulier les étudiants ou ceux rencontrant des difficultés de lecture.
Dans son communiqué, l’institution souligne que « la langue française est un patrimoine essentiel de la France », dont la stabilité est cruciale pour l’accessibilité et la transmission des connaissances. En filigrane, elle soulève une question clé : jusqu’où les changements sociaux peuvent-ils légitimer des transformations linguistiques imposées sans un large consensus ?
Un fossé entre institutions et opinion publique
Ce débat institutionnel se déroule dans un contexte où l’approbation de l’opinion publique pour l’écriture inclusive reste faible. Des sondages récents révèlent qu’une majorité de Français exprime des doutes, voire des réserves nettement marquées, quant à son intégration dans les systèmes éducatifs et administratifs. Cette distance entre certaines décisions institutionnelles et le ressenti général contribue à une impression de déconnexion.
De nombreux analystes voient l’écriture inclusive non pas comme une évolution naturelle de la langue, mais comme une norme imposée par des entités supérieures, soutenue par des groupes militant et progressivement adoptée par diverses administrations et collectivités. Cette perception accentue la dimension politique d’un débat qui, à l’origine, était présenté comme étant uniquement linguistique.