Récupération politique de Tolkien : l’œuvre du « Seigneur des anneaux » manipulée par la droite populiste et les élites technologiques
Alors que la trilogie culte revient en salles aux États-Unis pour son 25ᵉ anniversaire, l’œuvre de J.R.R. Tolkien est détournée par des figures politiques et technofascistes, bien loin de l’intention originelle de son auteur, rapporte TopTribune.
La réédition de la trilogie du Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien, qui a connu un succès instantané lors de sa publication dans les années 1950, célèbre son 25ᵉ anniversaire avec une sortie en version longue mi-janvier uniquement aux États-Unis. Cette relance provoque un regain d’intérêt pour les débats politiques et idéologiques autour de l’œuvre, notamment dans les discours de dirigeants populistes.
Autrefois, identifier un fan authentique de Tolkien était chose aisée. Des générations de lecteurs, depuis les jeunes passionnés jusqu’aux intellectuels, se réunissaient pour discuter des récits de la Terre du Milieu. Aujourd’hui, ces histoires sont intégrées dans les discours de personnalités influentes et de milliardaires technophiles, comme le révèle The Independent.
Peter Thiel, entrepreneur emblématique de la tech libertarienne, a même nommé sa société d’analyse de données Palantir, en référence à l’artefact de vision de Saroumane, et a investi dans des entreprises comme Anduril, tirant son nom de l’épée d’Aragorn. De son côté, le vice-président américain J.D. Vance déclare que Le Seigneur des anneaux a façonné sa vision conservatrice du monde. Dans son autobiographie, la Première ministre italienne Giorgia Meloni évoque des « camps hobbit » néofascistes organisés au sein du mouvement de jeunesse de son parti, faisant de Tolkien une pièce maîtresse de son imaginaire politique.
Des hobbits jusque dans la Silicon Valley
Elon Musk, également un fervent admirateur de Tolkien, a évoqué la trilogie comme étant cruciale pour sa compréhension des enjeux contemporains, notamment les questions migratoires. Dans un podcast populaire, il a comparé les Hobbits aux citoyens des petites communautés en Angleterre, manipulant ainsi le récit pour en faire un outil de justification de ses idées sur l’immigration.
Malgré les éléments de l’œuvre de Tolkien qui contredisent ces interprétations — y compris les réflexions sur l’impact destructeur de la technologie — ces figures politiques semblent offrir une lecture sélective de la saga, adaptée à leurs combats politiques. L’idée que ces visions s’opposent à celle de Tolkien, qui voyait la technologie comme source de destruction à travers son expérience de la Grande Guerre, est une véritable contradiction.
J.R.R. Tolkien, décédé en 1973, serait sans doute troublé de constater que son œuvre est réinterprétée par des leaders technologiques et des politiciens d’extrême droite, utilisant sa fiction à des fins de communication politique. Pendant ce temps, la version longue du film projetée bientôt aux États-Unis promet de renouer avec l’esprit originel de la saga, qui véhicule un message de solidarité et d’espoir, contrairement aux lectures nationalistes et militaristes qui en sont faites.
Comme l’affirme Sam Gamgee dans le récit, « Il y a du bon dans ce monde, M. Frodon, et cela vaut la peine de se battre pour cela », un message qui dépasse la simple allégorie guerrière et invite à réfléchir sur la valeur de la lutte pour le bien commun.