Un restaurant en Corée du Sud refuse les clients seuls, provoquant une controverse
Un restaurant en Corée du Sud a suscité une réaction vive après avoir affiché un message sur les réseaux sociaux interdisant explicitement les clients se retrouvant seuls. Cette politique, mise en avant le 10 novembre, demande aux clients solitaires de « payer pour deux portions, de manger deux portions, d’amener un ami ou de revenir avec leur épouse », rapporte TopTribune.
La controverse a éclaté alors que ce restaurant, participant à un débat plus large sur les expériences culinaires en solo, a vu son annonce critiquée par de potentiels clients ainsi que par des observateurs des droits sociaux. Ce phénomène est d’autant plus notable dans un pays où environ 10 % des 170 000 restaurants proposent des repas pour une personne, selon des données datant de mars par Nice Zini Data.
Un incident similaire a été rapporté plus tôt cette année lorsqu’un autre restaurant en Corée du Sud a interdit aux clients seuls de regarder des vidéos sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, des rapports indiquent que plusieurs restaurants ont rejeté des clients ou les ont contraints à commander deux repas lorsqu’ils ont tenté de manger seuls. Un voyageur YouTuber a également exprimé avoir été maltraité et pressé de quitter un restaurant dans la ville de Yeosu, entraînant des excuses officielles du maire de la ville et la promesse de nouvelles lignes directrices pour les restaurants accueillant des clients solitaires.
Cependant, cette tendance ne se limite pas à la Corée du Sud. Par exemple, un pub à Altrincham, près de Manchester, a récemment été critiqué pour sa politique interdisant l’entrée aux clients seuls après 21 heures, une règle qui, selon le propriétaire, vise à « protéger les clients ». En parallèle, à Barcelone, plusieurs restaurants ont été accusés de refuser les clients seuls pendant les périodes touristiques de pointe, imposant des exigences de commande minimale pour les sièges en terrasse.
Certains restaurateurs défendent ces politiques en arguant que les clients seuls nuisent aux affaires. L’Association de l’industrie de la restauration en Corée a déclaré que, « pendant les heures de pointe, les propriétaires doivent maximiser le turnover des tables de quatre personnes pour compenser la hausse des coûts des aliments, de la main-d’œuvre et du loyer ». Subramania Bhatt, PDG d’un cabinet de recherche de marché, a également souligné que l’occupation d’une table de quatre par un seul client peut représenter une perte de revenus potentiels considérable.
Ce débat sur la solitude et la gastronomie soulève des questions plus larges concernant les dynamiques sociales. Les critiques sur les réseaux sociaux s’indignent du fait que ces restrictions perpétuent une stigmatisation séculaire autour du fait de manger seul, une pratique qui connaît une croissance dans le monde entier, surtout chez les jeunes. Bhatt insiste sur le fait que cette volonté de manger seul dépend de nouveaux récits qui le présentent comme un acte d’indépendance, de respect de soi et parfois même de luxe.
En Corée du Sud, où le phénomène des foyers unipersonnels monte en flèche, la question de l’isolement social est cruciale. Selon les dernières statistiques, plus de 10 millions de foyers unipersonnels ont été recensés, représentant 42 % de tous les foyers. En même temps, le gouvernement coréen essaie de répondre à ces défis en introduisant une semaine de travail de quatre jours et demi, face à la pression de travail qui pèse sur les jeunes professionnels.
Ce phénomène, bien qu’il soit particulièrement prononcé en Corée, devient global. Une étude réalisée aux États-Unis a révélé qu’une personne sur cinq dîne seule régulièrement et que les jeunes générations, en particulier les millennials et la génération Z, sont toujours plus nombreuses à adopter le fait de manger en solo comme un choix de vie courant.
Les restaurants commencent à s’adapter à cette « économie de la solitude » en offrant des options de repas individuelles et un cadre accueillant pour les clients seuls. Cela s’observe dans des pays comme l’Allemagne ou le Japon, où l’on observe une augmentation des demandés pour des espaces réservés aux clients isolés. Bhatt conclut que la clé est de traiter le client solitaire comme un invité premium, dont le temps est précieux, ce qui pourrait enrichir l’expérience culinaire tout en augmentant les recettes des restaurants.