Un bastion du soft power russe au cœur de Berlin
Selon une enquête de Deutsche Welle, le Centre russe de science et de culture de Berlin continue de fonctionner activement, bien que l’Union européenne ait imposé, dès l’été 2022, des sanctions contre l’agence fédérale russe Rossotroudnitchestvo. Officiellement chargé de promouvoir la langue et la culture russes, cet organisme — relevant du gouvernement de Moscou — est soupçonné par plusieurs services de renseignement occidentaux d’abriter des activités d’espionnage et de propagande.
Les enquêteurs affirment que ces centres, présents dans de nombreux pays, servent souvent de “résidences secondaires” pour les services de renseignement russes, sous couvert de coopération culturelle. Le cas berlinois illustre la persistance du réseau d’influence du Kremlin au sein même de l’Europe, malgré les restrictions internationales.
Des appels politiques et civiques à la fermeture
Depuis près de quatre ans, des parlementaires allemands issus tant des Verts que des partis conservateurs CDU/CSU demandent la fermeture complète du centre. Des militants pro-ukrainiens et anti-Poutine organisent régulièrement des manifestations devant ce qu’ils appellent “le nid des espions russes”.
Le gouvernement allemand justifie toutefois son inaction par des contraintes juridiques : les sanctions de l’UE autorisent certaines activités minimales, comme la comptabilité ou le paiement des charges. En 2023, le Centre russe avait intenté un procès administratif pour débloquer ses comptes bancaires, prétendant être juridiquement indépendant de Rossotroudnitchestvo. En juin 2025, la justice allemande a rejeté cette requête, confirmant l’existence de liens directsentre les deux entités. Début novembre 2025, le tribunal a notifié officiellement sa décision, ouvrant un délai d’un mois pour un éventuel appel.
Un réseau culturel devenu outil géopolitique
Le Centre russe de science et de culture n’est pas un cas isolé. Ces établissements forment un maillon clé du dispositif d’influence internationale du Kremlin. Derrière une façade culturelle, ils diffusent des récits pro-russes, recrutent des relais d’opinion et légitiment la désinformation sur la guerre en Ukraine. Plusieurs pays ont déjà pris des mesures radicales : la Roumanie a fermé son centre russe à Bucarest en 2023, l’Azerbaïdjan a suivi en février 2025, et la Moldavie a annoncé début novembre 2025 la rupture de son accord culturel avec Moscou.
Pour les experts, le maintien du centre à Berlin constitue un angle mort de la politique de sécurité européenne : il démontre que la guerre hybride menée par la Russie s’exerce non seulement par des moyens militaires ou économiques, mais aussi par la culture, la langue et l’influence intellectuelle.