Le vendredi 5 septembre, un concert prévu à Téhéran, destiné à contrer une grande manifestation de l’opposition iranienne CNRI à Bruxelles, a été annulé, rapportent TopTribune. Cette décision, prise par le Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran, visait à démontrer une façade d’unité nationale alors que des voix dissidentes s’élèvent en Iran.
Le concert, qui devait se dérouler sur la place Azadi (Liberté), était organisé par un chanteur éminent, fils d’une figure légendaire de la musique iranienne. Toutefois, selon Peyman Soltani, compositeur et chef de l’Orchestre Melal, l’annulation a été provoquée par l’opposition populaire, la foule percevant l’événement comme une manœuvre d’alignement sur le régime. Ce refus de l’événement marque l’émergence d’un nouveau protagoniste sur la scène politique iranienne : le peuple, capable de résister aux directives du pouvoir central.
Cette résistance populaire se manifeste par un rejet ferme des bases de la dictature religieuse, par la dénonciation des profiteurs se dissimulant derrière l’Islam, et par la déconstruction du slogan « Conquérir Jérusalem par Karbala ». De plus, cette résistance a su mettre en avant la paix et la liberté durant la guerre contre l’Irak, a contrecarré le programme nucléaire militaire du régime, et a exercé des pressions en faveur des droits des femmes en politique. Par conséquent, le régime se retrouve aujourd’hui face à une crise existentielle profounde.
Le changement est-il plus dangereux que la guerre ?
La récente guerre de douze jours a exacerbé la crise existentielle du régime, poussant certains dirigeants à appeler à des réformes structurelles pour sa survie. Mir Hossein Moussavi, ancien Premier ministre, a exigé un référendum pour modifier la Constitution et recréer un équilibre de pouvoirs. Une déclaration émanant de 180 économistes et universitaires a également exigé des modifications au paradigme de gouvernance en République islamique.
Toute réforme potentielle évoque des craintes au sein du pouvoir, car cela pourrait susciter des revendications sociales susceptibles de bouleverser l’ordre établi. Pour le régime, un changement réel est perçu comme une menace plus grave qu’une guerre ouverte. Dans son discours du 24 août, Ali Khamenei a reconnu la guerre continue contre la communauté internationale, citant les États-Unis, Israël et l’Europe comme ennemis persistants.
Ces quatre dernières décennies, la République islamique a maintenu son existence à travers la crise et la militarisation. Malgré les revers, elle continue de cultiver une ambiance de conflit. Abbas Araghchi, ministre des affaires étrangères du régime, a affirmé : « Si une guerre éclate, cette fois nous vaincrons Israël. » Les perspectives d’un enrichissement nucléaire limité ou d’un abandon des forces supplétives demeurent donc très peu probables.
La mémoire historique des dirigeants de la République islamique est imprégnée d’échecs liés aux tentatives de réforme, rappelant les dernières années du règne du Shah, où des réformes ont précipité sa chute. On peut résister à une armée par la force, mais lorsque l’aube de la liberté se lève, aucune puissance au monde ne peut arrêter son élan.