Selon une enquête publiée le 18 août 2025 par le média indépendant russe Meduza, entre le 1er et le 28 novembre 2024, l’Iran aurait livré à la Russie près de 4 610 tonnes de matériel militaire. Ces transferts, officiellement désignés dans les documents de transport comme des « matériaux explosifs », ont transité par le port d’Olia, en mer Caspienne, avant d’être acheminés par voie ferrée vers deux grands dépôts d’armement situés dans la région de Volgograd et en Ossétie du Nord. L’enquête repose sur des données logistiques et des images satellites fournies par l’ONG américaine C4ADS.
Un corridor stratégique entre Téhéran et Moscou
Le port d’Olia est devenu un maillon essentiel du corridor commercial reliant la Russie et l’Iran, utilisé aussi bien pour le commerce de denrées alimentaires que pour l’acheminement d’armes. Plus d’un quart des livraisons identifiées est attribué à Hossein Shamkhani, magnat du pétrole et fils de l’influent conseiller du guide suprême Ali Shamkhani. Le port est quant à lui contrôlé par Jamaldin Pachaev, homme d’affaires sanctionné par les États-Unis en 2024. Les cargaisons étaient ensuite dirigées vers les gares de Kotluban et Loukovski, proches de dépôts gérés par le 1060e centre logistique du ministère russe de la Défense.
Une coopération militaire qui s’intensifie
Les liens militaires entre Moscou et Téhéran ne datent pas d’hier. Dès 2023, des négociations ont porté sur la fourniture de missiles balistiques iraniens « Fateh-360 ». Malgré les dénégations des deux capitales, les États-Unis et plusieurs pays européens ont publiquement accusé l’Iran d’avoir franchi cette étape. En janvier 2025, Vladimir Poutine et le président iranien Masoud Pezeshkian ont signé un accord de partenariat stratégique couvrant les domaines politiques, militaires et économiques.
Un impact direct sur la guerre en Ukraine
Les livraisons iraniennes permettent à la Russie de compenser son déficit en munitions et en armements de précision. Mortiers, obus d’artillerie et roquettes pour lanceurs « Grad » figurent parmi les cargaisons. L’utilisation massive de drones iraniens contraint par ailleurs l’Ukraine à mobiliser ses coûteuses défenses antiaériennes, affaiblissant sa capacité de protection à long terme. Plusieurs frappes, dont celles du 18 avril et du 15 août 2025 contre le port d’Olia et un navire chargé de munitions, illustrent la centralité de ce hub dans la logistique de guerre russe.
Conséquences géopolitiques et risques accrus
Pour Téhéran, cette coopération offre des avantages économiques et politiques, mais aussi potentiellement technologiques, notamment dans le domaine nucléaire. Les Occidentaux craignent que la Russie, en échange des livraisons, ne transmette des savoir-faire sensibles. À l’échelle internationale, ces flux d’armements démontrent les limites des sanctions actuelles et soulignent la nécessité de mécanismes plus stricts et coordonnés afin de contenir ce type d’alliance militaire, qui associe déjà Moscou, Téhéran et Pyongyang dans une opposition frontale à l’Occident.