La Popularité Croissante des Suppléments Alimentaires sur les Réseaux Sociaux
La prise de suppléments connaît une popularité grandissante sur les réseaux sociaux, notamment TikTok. Les vitamines, minéraux et autres nutriments apparaissent comme les nouveaux favoris des utilisateurs en quête d’amélioration de leur santé, rapporte TopTribune.
De nombreux influenceurs, y compris des adeptes de salles de sport et des membres de la famille Kardashian, promeuvent les bienfaits des compléments alimentaires. Plus de deux millions de vidéos TikTok traitent de ce sujet. « C’est sûr qu’il y a des influenceurs fitness que je suis qui en prennent beaucoup », témoigne Ariane Lafond-Gazaille, une étudiante de 16 ans qui a élargi sa liste de suppléments au fil des années.
Elle inclut dans son régime quotidien de la vitamine D, du chrome, du magnésium, des oméga-3, de la biotine et de la créatine, en plus de ses entraînements en salle. « Je les prends pour m’améliorer et être le plus en santé possible », souligne-t-elle.
Selon Ève Crépeau, nutritionniste du sport, « beaucoup de sportifs consomment des suppléments dans un objectif de performance et d’optimisation de la nutrition ». Toutefois, des experts s’accordent à dire qu’un régime alimentaire équilibré et varié devrait suffire à satisfaire l’ensemble des besoins nutritionnels, même pour les athlètes occasionnels.
L’Argument des Carences
Une étude menée par Santé Canada en 2012 a révélé que de nombreux Canadiens souffraient d’un apport insuffisant en magnésium, calcium, et en vitamines A et D. Nicolas Bordenave, professeur aux sciences de la nutrition à l’Université d’Ottawa, précise qu’il est nécessaire de confirmer une carence par un bilan sanguin avant de recommander des suppléments à un individu. « C’est précisément là où s’engouffrent des influenceurs ou des compagnies. Ils vont prendre l’argument de la population à risque de carence pour vous vendre un supplément », affirme-t-il.
La vitamine D constitue une exception notoire aux règles générales. « C’est un supplément super pertinent et fortement recommandé, surtout au Québec à cause du peu d’ensoleillement en hiver », explique Ève Crépeau.
Une Autre Exception : la Créatine ?
La créatine, un complément prisé par ceux cherchant à accroître leur masse musculaire, pourrait également être bénéfique pour d’autres groupes. « Il y a un engouement nouveau pour la créatine. Ça permet de régénérer notre énergie rapidement, donc de récupérer un peu mieux », déclare Ève Crépeau.
Mélanie Olivier, présidente fondatrice de Vivaï, souligne que ce supplément est pertinent en cas de perte musculaire ou de blessures. Des recherches indiquent également que la créatine peut contrer la perte de muscle chez les personnes âgées. Elle recommande ce supplément aux femmes de 40 ans et plus, notant que, « avec les baisses d’œstrogène, la masse musculaire est plus difficile à conserver ». D’autres études suggèrent des effets positifs sur le sommeil, la mémoire et la santé mentale.
Cependant, la créatine est souvent mal perçue en raison de ses associations avec les stéroïdes. « Les gens craignent d’en prendre et de devenir trop musclés ou que cela soit mauvais pour leurs reins », note Crépeau.
Quand Trop Devient Dangereux
« Il y a des gens qui ne sont pas conscients des apports maximaux tolérables », déclare Mélanie Olivier, soulignant que dépasser ces limites peut présenter des risques pour la santé. Par exemple, un excès de vitamine C peut entraîner des troubles gastro-intestinaux et des calculs rénaux, tandis qu’une consommation supérieure à 350 mg de magnésium par jour peut induire des diarrhées.
Le risque d’accumulation toxique est également préoccupant avec les vitamines liposolubles (A, D, E et K), avertit Olivier. À l’inverse, les vitamines hydrosolubles sont généralement éliminées par les reins. Nicolas Bordenave ajoute qu’une méta-analyse américaine de 2012 a révélé que des doses élevées de certains suppléments augmentent le risque de cancer. « Prendre plus de vitamines et minéraux, ça ne veut pas dire que le corps va mieux fonctionner, au contraire », déclare Bordenave.
Enfin, la qualité des produits disponibles sur le marché soulève des inquiétudes. « De faux produits sont souvent mis en vente sur des plateformes comme Amazon », prévient Mélanie Olivier. En 2021, un rapport du vérificateur général du Canada a montré que 88 % des échantillons de produits de santé naturels avaient des publicités contenant des informations trompeuses.
Les experts conseillent donc de faire preuve de prudence avant de se lancer dans la consommation de nouveaux suppléments. « On peut aller chercher des conseils d’un médecin, d’un pharmacien, d’un nutritionniste », indique Ève Crépeau. Avec la pléthore de messages véhiculés sur les réseaux sociaux, il est crucial de se rappeler qu’un produit qui fonctionne pour une personne ne sera pas nécessairement approprié pour une autre.