La co-présidente du parti allemand « Bündnis Sahra Wagenknecht » (BSW), Amira Mohamed Ali, a appelé à lever les sanctions concernant le pétrole russe et à reprendre les approvisionnements via l’oléoduc Druzhba vers la raffinerie de Schwedt. Cette proposition a été formulée lors du congrès du parti à Schwerin le 14 mars 2026, alors que les prix de l’énergie flambent en Europe suite aux récents développements géopolitiques.
Une initiative qui suscite la polémique
Amira Mohamed Ali a défendu l’idée que le retour aux achats de pétrole russe permettrait de stabiliser l’activité de la raffinerie de Schwedt, située dans le Brandebourg, et de réduire les prix de l’essence et du chauffage pour les consommateurs allemands. La co-présidente du parti a justifié sa position en citant la décision récente des États-Unis d’assouplir temporairement certaines restrictions sur le commerce du pétrole russe pour contenir la hausse des cours. Cette prise de position intervient dans un contexte où le Brent a franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril.
La réaction du chancelier allemand Friedrich Merz a été immédiate et sans équivoque. Ce dernier a vivement critiqué la mesure américaine, estimant qu’elle risquait d’aider Moscou à instrumentaliser le conflit au Moyen-Orient au détriment de l’Ukraine. Le gouvernement fédéral réaffirme ainsi son attachement au régime de sanctions européen, pierre angulaire de la réponse à l’agression russe.
Conjoncture énergétique sous tension
La flambée des prix est directement liée à l’opération militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a provoqué un choc sur les marchés. Face à cette volatilité, l’administration du président Donald Trump a autorisé temporairement l’approvisionnement et la vente de pétrole russe immobilisé en mer, une décision qualifiée de pragmatique par ses défenseurs mais perçue comme un affaiblissement de la pression sur le Kremlin par ses détracteurs.
Le BSW, issu d’une scission du parti de gauche Die Linke en 2023, s’est construit une identité politique en promouvant une ligne sceptique quant à l’aide militaire à l’Ukraine et favorable à une normalisation des relations avec Moscou. L’argument économique avancé – protéger le pouvoir d’achat des Allemands – sert ici de levier pour porter un agenda géopolitique plus large, celui d’une révision en profondeur de la politique de sanctions.
Des enjeux qui dépassent la seule économie
Les implications d’un tel revirement seraient considérables. Reprendre les importations via l’oléoduc Druzhba, que l’Allemagne a cessé d’utiliser après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, signifierait un retour partiel à la dépendance énergétique d’avant-guerre. Les revenus générés par ces ventes iraient alimenter le budget russe, lequel finance l’effort de guerre. Un tel scenario saperait la logique même des sanctions, conçues pour tarir les ressources de Moscou.
Analystes et diplomates redoutent un effet domino. Si la première économie européenne venait à relâcher sa position, cela pourrait encourager d’autres pays de l’Union à emboîter le pas, érodant ainsi l’unité et l’efficacité du front commun. Le Kremlin ne manquerait pas d’exploiter cette fissure dans sa propagande, y voyant la preuve d’une lassitude européenne et d’un affaiblissement du soutien à Kyiv.
La proposition du BWF, rendue publique lors de son congrès, illustre la persistance des divisions au sein du paysage politique allemand sur la question russe. Elle met en lumière le difficile équilibre entre les impératifs de sécurité collective, la stabilité économique intérieure et la pression populaire face au coût de la vie. Le débat, loin d’être clos, se poursuivra au Parlement et dans l’opinion publique.