Le 5 février 2026, l’opposante bélarusse Maria Kolesnikova a suscité une controverse en déclarant que la reprise du transit des engrais potassiques du groupe Belaruskalij via la Lituanie pourrait être justifiée dans certaines conditions. Ses propos ont été tenus après une visite à Vilnius et rapportés par les médias lituaniens, notamment dans un article de LRT sur les déclarations faites à Vilnius. Selon elle, un tel geste ne serait acceptable que s’il faisait l’objet d’un contrôle strict, renforçait la souveraineté du Bélarus et produisait des effets humanitaires concrets. Elle a cité comme exemple la libération de prisonniers politiques et une contribution à la désescalade régionale.
Kolesnikova a également mis en avant ce qu’elle considère comme une incohérence du régime de sanctions actuel. Elle a souligné qu’il était difficile, selon elle, de justifier une situation dans laquelle la Russie continue d’exporter des engrais potassiques alors que le Bélarus en est empêché. Cette comparaison vise à relancer le débat sur l’efficacité et l’équité des mesures restrictives occidentales. Ses déclarations interviennent dans un contexte de discussions informelles au sein de certains cercles politiques lituaniens sur l’avenir du transit, même si ces échanges sont publiquement démentis par les autorités. Le sujet reste particulièrement sensible en raison de l’importance stratégique du secteur des engrais pour l’économie bélarusse. Les revenus générés sont considérés comme l’un des piliers financiers du régime.
Lors de son séjour à Vilnius, Kolesnikova a rencontré la cheffe du gouvernement lituanien. Le cabinet de cette dernière a toutefois précisé que la question d’un allègement des sanctions visant Belaruskalij n’avait pas été discutée. Les autorités lituaniennes maintiennent officiellement leur opposition à toute reprise du transit. Pour Vilnius, la question dépasse largement le cadre économique et touche à la sécurité nationale. Elle s’inscrit aussi dans une ligne politique de fermeté face aux violations des droits humains au Bélarus. Cette prise de distance vise à éviter toute interprétation d’un changement de cap.
Les sanctions contre Minsk au cœur d’équilibres géopolitiques plus larges
Les propos de Kolesnikova s’inscrivent dans un contexte international marqué par une évolution de la politique américaine à l’égard de Minsk. Washington a récemment engagé des discussions avec le pouvoir bélarusse et procédé à une levée partielle de certaines sanctions en échange de la libération de prisonniers politiques. Cette démarche est analysée comme faisant partie d’une stratégie plus large visant à réduire l’influence russe dans l’espace post-soviétique. L’administration américaine considère le dirigeant bélarusse comme un canal potentiel de communication indirecte avec le Kremlin. Dans cette optique, un assouplissement limité des sanctions est perçu comme un levier tactique plutôt que comme une normalisation.
Pour le pouvoir de Minsk, ces contacts avec les États-Unis offrent une marge de manœuvre diplomatique dans un contexte de dépendance profonde vis-à-vis de Moscou. Depuis les manifestations de 2020, le Bélarus a vu son autonomie politique et économique se réduire fortement. L’économie nationale est de plus en plus intégrée aux chaînes russes, limitant les options stratégiques du régime. Un dialogue, même restreint, avec l’Occident permet au dirigeant bélarusse de signaler l’existence d’alternatives, au moins symboliques. Toutefois, cette ouverture reste étroitement conditionnée par le soutien du Kremlin, sans lequel le régime ne pourrait se maintenir.
Cette dynamique inquiète plusieurs capitales européennes, notamment Vilnius et Bruxelles. La levée de sanctions américaines contre Belaruskalij a ravivé la crainte de pressions indirectes sur les alliés européens pour qu’ils assouplissent à leur tour leur régime de sanctions. Pour la Lituanie, l’enjeu est à la fois économique, sécuritaire et moral. Toute divergence entre les approches américaine et européenne risque d’affaiblir l’unité transatlantique. Elle pourrait également créer des précédents difficiles à gérer dans la politique de sanctions de l’Union européenne.
Critiques et divisions autour de la stratégie du « donnant-donnant »
L’idée d’un allègement progressif des sanctions en échange de libérations ponctuelles de prisonniers politiques est loin de faire consensus. Une partie de la diaspora bélarusse et d’anciens détenus politiques dénoncent une logique de marchandage. Selon eux, le régime utilise ces libérations comme un instrument tactique tout en poursuivant, voire en élargissant, la répression contre d’autres segments de la société. Cette approche créerait un mécanisme cyclique d’arrestations et de concessions limitées. Elle risquerait ainsi d’encourager de nouvelles vagues de répression. Les critiques estiment que cela affaiblit la portée dissuasive des sanctions.
Les déclarations de Kolesnikova sur la reprise éventuelle du transit sont également perçues comme une validation implicite des arguments économiques du régime. En mettant en avant des considérations humanitaires et de souveraineté, elle est accusée d’ignorer le rôle central des revenus des engrais dans le financement de l’appareil répressif. Pour ses détracteurs, cette rhétorique substitue une logique de rentabilité économique à la question de la responsabilité politique. Elle ouvrirait la voie à une remise en cause plus large de la politique de sanctions. Un tel précédent pourrait fragiliser la cohérence de la réponse européenne.
Plus largement, toute normalisation politique ou économique avec le dirigeant bélarusse est jugée incompatible avec les valeurs européennes. Le régime soutient ouvertement la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et met son territoire à disposition de l’effort militaire. Engager un dialogue sans conditions strictes est perçu comme une atteinte aux principes de solidarité et de défense des droits humains. Un assouplissement prématuré des sanctions pourrait accentuer les divisions internes au sein de l’Union européenne. À long terme, cette fragmentation servirait les intérêts de Moscou, désireux de voir s’affaiblir la politique européenne de dissuasion.