Rachida Dati accusée de fausses déclarations concernant « Complément d’enquête »
Début février, la ministre de la Culture démissionnaire a accusé le magazine d’avoir tenté de monnayer un témoignage la concernant, face à la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public. Des allégations que les équipes de « Complément d’enquête » ont rejeté en bloc. Franceinfo dévoile des éléments inédits venant appuyer leur version, rapporte TopTribune.
La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public attendait ces preuves. Entendue début février par les députés, Rachida Dati a affirmé sous serment qu’un de ses proches avait été approché, « par un journaliste tiers », pour fournir des informations la concernant aux équipes de « Complément d’enquête », moyennant une somme d’argent. Des allégations que le magazine d’investigation, qui a consacré, en juin 2025, une enquête à la ministre, a fermement réfutées.
Les deux camps assuraient pouvoir apporter des documents étayant leurs déclarations et avaient jusqu’au lundi 23 février pour les transmettre. C’est chose faite et la commission va les instruire dans les prochains jours. « ‘Complément d’enquête’ nous a fait parvenir des e-mails. Un proche de la ministre a transmis au rapporteur des échanges venant étayer les propos de la ministre, échanges [qu’il] m’a transmis », a confirmé le président Jérémie Patrier-Leitus, mardi 24 février, en ouverture des travaux de la journée.
Les éléments communiqués à la commission par l’équipe de « Complément d’enquête », et que Franceinfo a pu se procurer, viennent appuyer les propos sous serment formulés par les journalistes, lors de leur audition du 12 février. Il s’agit de plusieurs mails adressés au reporter Louis Milano-Dupont, qui a réalisé l’enquête diffusée en 2025, et signés d’un membre de la famille de l’ex-ministre. L’homme lui écrit spontanément, le 6 février, au lendemain de l’audition de Rachida Dati devant les députés, lors de laquelle elle a mis en cause l’émission.
« Je viens de tomber sur l’audition de Rachida où elle prétend que vous auriez proposé de l’argent. C’est faux !! Elle mélange tout !! », écrit ce proche dans un premier mail dont l’objet est intitulé « Fausse information », soulignant qu’il savait que « d’autres journalistes » auraient été prêts à lui « donner des enveloppes conséquentes » s’il leur fournissait « des vidéos, des choses ou des faits intéressants qui pourraient mettre Rachida dans l’embarras, même des photos compromettantes. »
Dans un second mail, envoyé à nouveau spontanément, à peine vingt minutes plus tard le même jour, il ajoute : « Je suis désolé de ce qu’elle raconte… Car je n’ai jamais dit que ‘Complément d’enquête’ m’avait proposé de l’argent car vous et moi nous n’avons jamais abordé le sujet d’argent contre informations. » Il explique que « deux journalistes français et un journaliste belge », extérieurs à « Complément d’enquête », lui avaient proposé par le passé « des enveloppes d’argent » en échange d’informations sur Rachida Dati « ou bien même des vidéos, photos, des audios compromettants. » Il conclut ainsi son mail : « Et s’il faut venir témoigner en votre faveur à la commission….je le ferai !!! J’ai des défauts….mais j’ai horreur du mensonge. »
Dans un troisième mail, cette fois daté du samedi 7 février et dont l’objet est « Rétablir la vérité !! », ce proche de l’ex-ministre insiste sur le fait que « les propos de Rachida Dati sont totalement faux » et autorise l’équipe à en faire part devant la commission. Il ajoute alors que les journalistes de « Complément d’enquête » l’ont contacté en décembre 2025 pour « [lui] proposer de se rencontrer, mais jamais nous n’avons parlé d’argent », insiste-t-il. « Je suis prêt à témoigner sous serment s’il le faut !! », conclut-il.
L’équipe de « Complément d’enquête » a confirmé à Franceinfo que ce membre de la famille de la ministre démissionnaire avait été contacté, mais plus de six mois après la diffusion du portrait consacré à Rachida Dati. Avant décembre 2025, le journaliste n’a jamais eu aucun contact avec ce proche, ni au cours de la préparation du reportage, ni pendant son tournage, ni au moment de la diffusion. Pourtant, dans une séquence tournée le 11 février 2025 en marge du Conseil de Paris, et qui apparaît dans l’enquête diffusée en juin, l’ex-ministre de la Culture accusait déjà les journalistes de méthodes de « voyous ». Dès le lendemain du tournage, l’équipe du magazine avait protesté contre ces graves accusations dans un mail envoyé à Rachida Dati.
Dans ce courriel daté du 12 février 2025, et que Franceinfo s’est procuré, le journaliste de « Complément d’enquête » tente de dialoguer et d’expliquer à l’ex-ministre qu’il y a sûrement erreur. « Je tiens, une nouvelle fois, à affirmer avec force que ces accusations sont absolument fausses et dépourvues de tout fondement », écrit Louis Milano-Dupont, soulignant que « ce type de méthodes ne correspond ni à ma conception du journalisme ni à celle d’aucun journaliste du service public ».
Le journaliste alerte Rachida Dati sur une possible usurpation d’identité par un tiers se faisant passer pour journaliste, le cas s’étant déjà présenté par le passé, et lui propose une rencontre pour « faire toute la lumière » sur cette affaire. Relançant l’ex-ministre sur les « échanges » qu’elle affirme détenir sur « cette tentative de corruption », il dit se tenir à sa disposition pour comprendre la situation et « tirer au clair cette histoire ». Une proposition à laquelle Rachida Dati n’a jamais donné suite.
Malgré ces dénégations, l’ex-ministre a multiplié les attaques à l’encontre de l’émission, jusqu’à son audition sous serment devant la commission d’enquête parlementaire. De son côté, l’équipe du magazine assure à Franceinfo avoir réitéré, à plusieurs reprises, ses demandes d’entretien pour démêler l’affaire et réaffirmer que ces accusations étaient infondées, sans que la ministre démissionnaire n’y réponde favorablement. Le 5 février dernier, elle avait expliqué aux députés que « des journalistes se sont adressés à un membre de ma famille qui était en grave difficulté. Et c’est une réalité puisqu’il y a eu des échanges. Ce membre de la famille a refusé, évidemment, de les produire. Mais je le confirme. Et ça s’est reproduit encore récemment. »
Selon elle, un journaliste de « Complément d’enquête » serait « passé par un journaliste tiers » qui aurait pris contact avec « un membre de [sa] famille en se présentant comme un journaliste indépendant et en disant : ‘Si vous avez évidemment des choses très à charge concernant madame Dati, on est prêt même à vous indemniser s’il le faut’. » Interrogée par le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, sur d’éventuelles preuves, elle avait affirmé ne pas être obligée de les fournir : « S’il y a une procédure judiciaire, là je pourrai les produire. Je ne veux pas ennuyer quelqu’un qui est déjà en difficulté », avait-elle conclu. Contacté par Franceinfo, l’entourage de Rachida Dati n’a pas donné suite à nos demandes de précisions quant à ces « échanges » évoqués, ni concernant les documents versés à la commission d’enquête.
Entendue une semaine plus tard par la même commission, l’équipe de l’émission d’investigation avait rejeté en bloc ces accusations. « Nous n’avons évidemment pas donné d’argent ou proposé d’argent à quiconque dans l’entourage de madame Dati, fût-ce par un tiers. Je démens cela catégoriquement et sous serment », avait déclaré le présentateur Tristan Waleckx, tandis que le journaliste Louis Milano-Dupont avait évoqué un mail « d’un proche de madame Dati » où ce dernier « affirme clairement que ‘Complément d’enquête’ ne lui a jamais proposé d’argent ».
En s’appuyant sur les pièces envoyées par les deux parties, la commission d’enquête parlementaire va désormais chercher à déterminer qui de l’ex-ministre ou de l’équipe de l’émission dit la vérité. Les députés pourraient, in fine, saisir la justice en cas de suspicion de parjure, chacun ayant fait des déclarations contradictoires sous serment sur le sujet. C’est ce qu’a rappelé, mardi, Jérémie Patrier-Leitus, soulignant que des poursuites pouvaient être engagées « en cas de faux témoignage » et donner lieu « à une peine de