Révélation d’un réseau d’évasion à grande échelle
Une enquête approfondie publiée ce 27 février 2026 par The Insider expose un circuit sophistiqué permettant à l’entourage du haut responsable russe Dmitri Medvedev de se procurer du matériel occidental critique pour le complexe militaro-industriel. Ilya Eliseev, présenté comme un ancien camarade de promotion et aujourd’hui gestionnaire d’actifs du vice-président du Conseil de sécurité, est au centre de ce dispositif. Sa société, LLC « Beavertech », agit comme sous-traitant pour le Centre scientifique et de production d’automatisation et d’instrumentation (NPTsAP), une entreprise sous sanctions spécialisée dans les systèmes de guidage de missiles balistiques intercontinentaux de type « Oreshnik ».
Le montage repose sur un maillage de sociétés-écrans et de transit par des pays tiers, principalement la Chine, pour faire entrer en Russie des équipements de fabrication allemande, taïwanaise et japonaise. En août 2024, Beavertech a ainsi importé des pièces détachées pour fraiseuse de la marque SmarAct GmbH (Allemagne), une rectifieuse Sunny Machinery (Taïwan) et une presse plieuse Amada Co (Japon). Ces machines, essentielles aux chaînes de production d’armements, sont soumises à des restrictions d’exportation vers la Russie.
La toile d’opacité : Chypre, l’Italie et l’ombre de la famille
L’architecture financière et juridique conçue pour protéger Eliseev et ses actifs illustre les failles persistantes du régime de sanctions. L’homme d’affaires est également actionnaire d’un vignoble toscan, la Fattoria della Aiola, détenue via une société chypriote offshore. La gestion de cette structure, ainsi que l’accompagnement juridique des achats d’équipements, est assurée par le cabinet d’avocats dirigé par sa femme, Natalia Malyamina. Aucune de ces entités ni ces individus ne figurent à ce jour sur les listes de sanctions de l’Union européenne, malgré les liens démontrés avec l’appareil de pouvoir russe.
Cette situation souligne l’utilisation systématique de prête-noms et de membres de la famille pour dissimuler la propriété réelle des actifs et continuer les transactions. Le cabinet « Ivanyan & Partners », dirigé par Malyamina, fournit le vernis juridique nécessaire à ces opérations, exploitant les insuffisances des vérifications sur les bénéficiaires effectifs menées par les régulateurs européens.
Le contraste entre les menaces nucléaires et les achats en Europe
Ce cas surgit dans un contexte où Dmitri Medvedev multiplie les déclarations belliqueuses et les menaces de recours à l’arme nucléaire contre l’Occident. La révélation que son proche collaborateur peut simultanément acquérir en Europe le matériel nécessaire à la production de missiles et jouir paisiblement des revenus d’un domaine viticole en Italie jette une lumière crue sur l’inefficacité partielle du système de restrictions.
Les conclusions de l’enquête pointent un besoin urgent de renforcer les contrôles à l’exportation vers les pays tiers servant de plateformes de réexportation, comme la Chine. Surtout, elles appellent à un élargissement du périmètre des sanctions pour y inclure systématiquement les conjoints, les partenaires civils et les enfants des personnes ciblées, sur lesquels les avoirs sont fréquemment transférés. Tant que ces lacunes persisteront, la Russie conservera la capacité de reconstituer ses stocks d’armements grâce à des technologies critiques venues d’Occident.