Le 22 février 2026, des responsables européens de la sécurité ont décrit une intensification des actes de sabotage attribués aux services russes contre des pays soutenant l’Ukraine. Au centre de plusieurs enquêtes figure Aleksei Vladimirovitch Kolossovski, 42 ans, ancien chauffeur de taxi installé dans le sud de la Russie. Selon des documents judiciaires et des entretiens menés dans cinq États européens, il aurait coordonné des opérations en Pologne, en Lituanie, en Allemagne et au Royaume-Uni. Les attaques incluent des incendies criminels et des dispositifs incendiaires destinés à des infrastructures civiles et logistiques. Les autorités estiment que ces actions s’inscrivent dans une stratégie visant à fragiliser la cohésion occidentale. Le Kremlin a rejeté toute implication. Kolossovski n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les services occidentaux le décrivent non comme un officier formé, mais comme un intermédiaire logistique travaillant en étroite relation avec des membres du renseignement militaire russe, notamment du G.R.U. Son rôle consisterait à mobiliser des réseaux criminels capables d’opérer discrètement en Europe. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, les expulsions massives de diplomates russes ont réduit la capacité d’action des agents officiels. Dans ce contexte, des profils non conventionnels auraient été privilégiés pour mener des opérations clandestines. Selon des responsables britanniques, la Russie agit désormais dans une zone « grise », en dessous du seuil d’un conflit ouvert.
Incendies ciblés et recrutement via messageries cryptées
Les premiers soupçons à l’encontre de Kolossovski seraient apparus après deux incendies en mai 2024. D’après des procureurs lituaniens et polonais, un adolescent ukrainien aurait été recruté via Telegram pour placer un dispositif incendiaire dans un magasin IKEA à Vilnius. L’engin, équipé d’un minuteur, a explosé dans la nuit du 8 au 9 mai, date symbolique célébrant la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie. Quelques jours plus tard, le suspect a été arrêté en route vers Riga avec du matériel destiné à fabriquer un second engin. Les enquêteurs affirment qu’il avait reçu un véhicule en compensation.

Parallèlement, un incendie près de Varsovie a détruit plus d’un millier de petites entreprises. Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a déclaré que les autorités étaient « certaines » de l’implication des services russes, entraînant la fermeture des consulats russes dans le pays. Les autorités tchèques et britanniques ont souligné que l’expulsion de centaines de diplomates depuis 2022 avait profondément limité les opérations traditionnelles de Moscou en Europe. Cette évolution aurait conduit à une externalisation accrue des activités clandestines vers des réseaux criminels et des contractuels informels.
Escalade avec des dispositifs incendiaires dans le fret aérien
En juillet 2024, une série d’incidents a marqué un tournant. Un conteneur chargé sur un avion cargo DHL à Leipzig a pris feu, suivi d’incendies similaires en Pologne et au Royaume-Uni. Les enquêtes menées dans neuf pays ont conclu à une coordination structurée impliquant un vaste réseau européen. Selon des responsables de la sécurité, des dispositifs contenant de la thermite militaire avaient été dissimulés dans des coussins de massage équipés de minuteurs électroniques. Si l’avion allemand n’avait pas été retardé, l’explosion aurait pu se produire en vol.

Ces événements ont suscité une réaction diplomatique directe entre Washington et Moscou. Les autorités lituaniennes ont inculpé plus d’une douzaine de personnes. Parmi elles figure un ressortissant russe, Iaroslav Mikhaïlov, actuellement visé par une notice rouge d’Interpol à la demande de la Pologne. Moscou aurait déposé une contre-demande. Les responsables européens estiment que cette affaire illustre l’importance stratégique du réseau mis en place.
Réseaux criminels, cyberactivisme et zones d’ombre
Les investigations relient Kolossovski à des circuits de vol automobile, de faux documents et de cyberattaques. Il aurait été associé au collectif KillNet, actif dans des attaques contre des sites ukrainiens et européens. Un document partagé entre services de renseignement occidentaux recense plus de 300 personnes liées à des opérations de sabotage à l’étranger. Ces structures seraient placées sous l’autorité de hauts responsables du G.R.U., dont le général Andreï Averianov et le général Viatcheslav Stafeïev.

Après l’opération DHL, Kolossovski aurait été convoqué par le F.S.B. à Krasnodar pour un contrôle de ses équipements électroniques. Certains responsables avancent que l’attention médiatique aurait provoqué des tensions internes. D’autres évoquent des difficultés financières personnelles. Bien qu’il n’ait pas quitté la Russie depuis 2022, des recherches en ligne sur l’immobilier londonien auraient été détectées récemment. Pour les services européens, ces éléments illustrent l’évolution d’une campagne clandestine devenue plus audacieuse, plus fragmentée et plus difficile à anticiper.
