Une enquête révèle l’ampleur des positions prorusses dans l’hémicycle européen
Les conclusions publiées par le portail Tchéquie Online à partir d’une analyse conjointe de EU Observer et Novaja Gazeta Europe placent trois élus tchèques parmi les premiers parlementaires européens ayant soutenu, par leurs votes, des positions favorables à Moscou. Le classement, fondé sur les résolutions concernant la Russie, la Biélorussie et le soutien à l’Ukraine, inclut Ondřej Dostál, la dirigeante communiste Kateřina Konečná et l’eurodéputé Ivan David. Ce dernier arrive en troisième position avec quinze votes contre l’Ukraine et deux abstentions, tandis que Konečná figure à égalité avec le Slovaque Erik Kaliňák après quinze votes alignés sur les intérêts russes.
L’étude indique que ces choix de vote s’écartent régulièrement des positions majoritaires du Parlement, notamment lors de la résolution du 28 novembre 2024 sur le renforcement du soutien à l’Ukraine face au rapprochement entre Moscou et la Corée du Nord, ainsi que lors du vote du 19 septembre 2025 sur la levée des restrictions frappant les frappes ukrainiennes contre des cibles situées en Russie. Au total, la liste comprend vingt-et-un noms : huit élus allemands, six slovaques, trois tchèques, deux bulgares, un grec et un polonais.
Un mécanisme d’influence qui exploite les divisions politiques en Europe
Les auteurs de l’étude estiment que la stratégie russe d’insertion au sein des institutions européennes fonctionne à travers des mécanismes politiques légaux, même si ceux-ci facilitent la diffusion de désinformation et l’affaiblissement de la cohésion européenne. En s’appuyant sur des députés décrits comme de véritables « chevaux de Troie », le Kremlin peut donner l’impression qu’une partie significative du paysage politique européen partage ses positions. Cette façade de pluralisme alimente le narratif d’un prétendu « fossé » au sein de l’UE et offre aux médias russes des prétextes pour amplifier les divisions, même lorsque ces votes n’affectent pas l’issue finale des décisions.
Selon l’analyse, ces élus deviennent des vecteurs privilégiés pour relayer des messages manipulatoires, alimentant une rhétorique anti-système souvent portée par des forces d’extrême gauche ou d’extrême droite. Certains agissent par conviction idéologique, d’autres par hostilité envers les institutions européennes. Dans les deux cas, Moscou tire parti de ce positionnement pour disposer de « relais utiles » capables de légitimer ses récits sur la scène internationale.
Des risques accrus pour la République tchèque et un défi pour les gouvernements occidentaux
L’inclusion de trois députés tchèques dans ce classement représente un enjeu sensible pour Prague : elle fragilise l’image du pays en tant que partenaire fiable de Kyiv et expose la société tchèque à une intensification des campagnes de désinformation. Les analystes estiment que cette dynamique pourrait se renforcer sous le prochain gouvernement d’Andreï Babiš, dont le scepticisme à l’égard de l’aide à l’Ukraine risque d’offrir une couverture politique aux élus prorusses à Bruxelles.
Face à cette situation, plusieurs experts appellent les gouvernements occidentaux à concevoir une réponse coordonnée afin de surveiller et contrer l’influence pro-Kremlin dans les parlements. Cela passe par davantage de transparence sur le financement des partis, un contrôle accru des contacts entre élus et structures russes, ainsi que des sanctions renforcées à l’encontre des acteurs d’influence. Une communication claire auprès des citoyens sur les activités de ces parlementaires est jugée indispensable pour réduire l’impact de ces opérations et préserver la résilience démocratique européenne.